La laïcité: enjeux et réalités d’une exception française




Les voilà qui reviennent, les grands maux de la laïcité… Depuis les derniers attentats perpétrés à Paris et en Ile-de-France en janvier dernier, mais auparavant déjà, avec la question du foulard, celle des manifestations catholiques des anti-mariages homosexuels… Les frontières entre libertés d’expression, laïcité, respect des cultes et non-ingérence de l’État se brouillent… Les questions soulevées par ce simple petit mot soulèvent la Nation tout entière et on est à deux doigts de n’y plus rien comprendre. Alors, que signifie être laïc ? La laïcité est-elle une philosophie, de belles pensées à réformer ? Un texte de loi immuable ? Une contrainte ? Un texte fondateur du “mieux vivre ensemble” ? Retour historique, philosophique et juridique en quelques grandes étapes. Décryptage des grands mots qui définissent la laïcité. Et rencontre avec des hommes et femmes qui la promeuvent au quotidien. Rendez-vous mercredi 3 juin.

Samuel Grzybowski, président de l’association Coexister

Agrandir

coexister
CoExister est une association qui promeut, depuis 2009, le dialogue interreligieux, non pas comme une finalité mais comme un outil au service du vivre ensemble entre croyants, athées et agnostiques. En mars 2015, CoExister a été désignée par les internautes comme initiative lauréate dans la démarche « La France s’engage », portée par le président de la République. Samuel Grzybowski, le président de « CoExister » développe, pour « Respect Magazine », ce qui unit les membres de cette association de dialogue.

« Nous sommes exactement sur la même ligne que l’Observatoire de la laïcité. La laïcité est arrêtée et figée par la loi de 1905. Il n’existe pas d’interprétations diverses possibles, il n’existe pas plusieurs laïcité. Appliquée à la lettre, elle permet l’égalité entre tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances ou leurs confessions, et aussi leur épanouissement.

La loi laïcité de 1905 est très brève et très claire, elle repose sur trois piliers. Elle garantie la totale liberté de conscience et de culte, par ailleurs également inscrite dans la déclaration des droits de l’homme. Elle sépare l’Église et l’État et promet une indépendance totale entre l’état et le religieux. Enfin troisième point qui marque la spécificité française, elle assure la neutralité de l’état par rapport au religieux. Ainsi, la France n’a pas de religion d’État. Cette neutralité s’impose à tous les agents de l’état mais en aucun cas à ses usagers, c’est-à-dire les citoyens. D’ailleurs, chez Coexister le cœur de notre message est de dire que la laïcité c’est la neutralité de l’état mais pas la neutralisation des individus.

« Les médias font écho des mesures discriminatoires, par contre ne médiatisent pas les mesures correctrices qui sont mises en place »

La loi de 2004 sur le port du voile à l’école a été présentée au nom de la laïcité. Pourtant, elle ne concerne pas les agents de l’état mais des mineurs. Cette loi est en fait une loi d’intégration. De la même manière, la loi de 2010 sur l’interdiction de la burqa dans l’espace public n’est pas une loi au nom de la laïcité mais une loi sécuritaire.

Aujourd’hui, au nom de la laïcité, les politiques et les entreprises mettent en place des mesures discriminatoires comme l’arrêt des menus de substitution dans les cantines ou l’interdiction du port du voile aux mamans accompagnant leurs enfants aux sorties scolaires. Pourtant la laïcité ne permet pas ce type de mesures.
Les médias quant à eux font écho des mesures discriminatoires, par contre ne médiatisent pas les mesures correctrices qui sont mises en place. Par exemple, l’annonce du maire à Châlon-sur-Saône et l’arrêt des menus de substitution fera sans doute l’objet d’une retocade par le conseil d’état. Mais qui en parlera ?

Au nom de la laïcité, beaucoup de mensonges sont émis. Des politiques en campagne électorale, promettent déjà l’interdiction du port du voile à l’université. Ce n’est pas possible !

Par essence, la laïcité est inclusive. Mais aujourd’hui la laïcité est dévoyée. »

Propos recueillis par Alexandra Luthereau