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La laïcité: enjeux et réalités d’une exception française

Écrit par Mounir Belhidaoui

Sport et religion : deux joueurs d’une même équipe

Sport et religion : deux joueurs d’une même équipe par Mounir Belhidaoui

SOMMAIRE :

Le sport a parfaitement intégré le concept de laïcité, bien avant l’élaboration de la loi de 1905. L’histoire l’a prouvé à bien des égards… Dans la mythologie Maya, entre 1500 et 4000 avant J.C., un jeu voyait s’opposer deux équipes qui se lançaient la balle avec l’obligation de ne pas la faire tomber à terre. Le but ? Symboliser et célébrer l’élévation au ciel, la balle représentant le soleil…

La laïcité victorieuse par KO ?


Discobole Lancellotti, palais Massimo alle Terme ©  CC-BY-SA-4.0

Discobole Lancellotti, palais Massimo alle Terme © CC-BY-SA-4.0

Le 4 juillet 2004, l’équipe nationale de football de Grèce remporte l’Euro face au Portugal qui joue pourtant à domicile. Les Hellènes, entraînés par un Allemand, retrouvent foi en leur équipe qu’elle vénère comme des demi-dieux sur le mont Olympe du sport…

Entre temps, le lien entre le sport et la religion n’a cessé de cultiver des ambigüités, la laissant parfois loin d’elle, s’en rapprochant parfois avec amour et dévotion. La mythologie grecque, pour y revenir, considérait l’activité physique comme étant sacrée. On a voulu magnifier Zeus avec les Jeux Olympiques qui n’étaient qu’une partie des quatre jeux considérés comme sacrés de la Grèce ancienne, les trois autres étant les Jeux pythiques consacrés à la gloire d’Apollon, néméens pour Hercule, et isthmiques pour Poséidon. Aucune retransmission télé ne fut prévue pour ces jeux. Sacrifices, offrandes, prières rituelles… Des cérémonies grandioses sont organisées, espérant une faveur céleste. La course et la lutte sont moins des exercices physiques que des actes de survie où chacun, cherchant à affirmer sa virilité, veut éliminer son adversaire.

L’empereur Théodose, en 394, va abolir ces Jeux qu’il considère comme un sacrilège à la religion chrétienne. Il faudra attendre le 19ème siècle pour voir renaître ses Jeux, grâce à un certain Pierre de Coubertin. Ce dernier voulait faire du sport une religion à part entière, faisant le lien intemporel entre la Grèce antique et moderne.

Toujours dans ce 19ème siècle qui voit le sport évoluer de façon significative, on assiste à une recrudescence de ce qu’on appelle des « patronages catholiques » qui prennent en main des fédérations sportives. C’est le cas de la « Fédération gymnique et sportive », qui naît en 1898. Une ingérence que ne peut accepter le camp des laïcs, quelques années avant les lois de 1901 et 1905.

Le sport a ainsi alterné entre paternalisme religieux et désir d’affranchissement au nom de la laïcité. Celle-ci, force est de le constater, laisse le libre choix à ses fidèles d’exercer ou non leur culte : c’est le cas du footballeur du PSG Yohann Cabaye, qui, dans « Le Parisien » daté du 11 juin 2014, a déclaré : « J’ai toujours été plus ou moins croyant. Mais plus je vieillis, plus ma foi grandit. Et je ne peux plus faire sans. ». Max Guazzini, le président du Stade Français de rugby, qui a affirmé en mars 2011 être « catholique pratiquant, élevé dans le chant grégorien et la liturgie latine ».

Des Mayas à la mythologie grecque en passant par la figure emblématique de Pierre de Coubertin, religion et sport ont toujours, finalement, lutté côte à côte, échangé la balle, l’un étant le pilote et l’autre le copilote sur la sinueuse autoroute de la libre expression des cultes.

« Dieu Football Club », la laïcité droit au but !

Visuel Livre Nicolas VilasParu aux éditions « Hugo et Cie », le livre de Nicolas Vilas retrace divers parcours de footballeurs, et notamment leur lien complexe, inexistant ou passionné avec la religion. « Respect mag » s’est penché sur cette Bible très intéressante qui nous en apprend beaucoup.

Le footballeur de l’Olympique Lyonnais Guy Alliel, star montante dans la France des années 80, avait pour habitude de jouer avec une kippa. Thierry Henry a déclaré, dans une interview donnée en mai 2009 à la chaîne Al-Jazeera, être très proche de l’Islam. Bafétimbi Gomis, joueur passé par Saint-Étienne et Lyon notamment, a revendiqué fièrement le fait qu’il ne passait « pas un jour sans prier ». Guy Roux est un des premiers entraîneurs français à tolérer que l’un de ses joueurs effectue le mois de Ramadan, à condition que cela n’entrave pas ses performances sportives. Toutes ces anecdotes, le journaliste Nicolas Vilas les a décortiquées, recoupées, revérifiées : le tout a donné un livre savoureux racontant le récit de footballeurs laïcs, agnostiques, pratiquants fervents. Cet ouvrage de 203 pages raconte que, dans le monde, la religion a sa place sur un terrain de football, sans troubler l’ordre établi. Signe de croix et prières sur le terrain, pour célébrer un but, peuvent aller ensemble. Il l’affirme, le football est le laboratoire idéal de la laïcité : « Le port du voile, pour la FIFA, est culturel. Il n’est pas religieux.

« Les médias ont donc une part de responsabilité, la classe politique aussi. »

Dans le fonctionnement interne du football d’aujourd’hui, il est en avance sur beaucoup de sociétés. Pour qu’un footballeur soit épanoui, il faut qu’il soit dans les meilleures dispositions possibles. Pour le football en règle générale, la laïcité ce n’est pas refuser les caractéristiques et les spécificités de chacun.» Nicolas Vilas trouve que la religion est « plus présente dans les débats qu’avant ». La médiatisation du football joue son rôle : « Il y a de plus en plus de caméras sur les terrains mais aussi en dehors. Il y a beaucoup plus de gros plans qu’il y a quelques années. Les médias ont donc une part de responsabilité, la classe politique aussi.

Aujourd’hui, il faut surfer sur des choses faciles. » Il y a dans ce livre des témoignages édifiants, émouvants, comme celui de l’entraîneur Philippe Troussie, passé par le Nigéria, le Japon où il fut élevé au rang d’idole, et aussi au Qatar. Il garde de ses périples un souvenir impérissable : « Je suis un citoyen du monde, un globe-trotter. Je vis entre trois continents : l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Pour moi, c’est un grand privilège que de partager et vivre toutes ces cultures, de vivre dans ce melting-pot de langues, pratiques et religions. » En définitive, ce livre est à lire pour tous ceux qui veulent voir l’envers du décor d’un football spectaculaire : celui de joueurs qui ont fait de la sérénité un acte de foi.

Thierry Defait : « La laïcité telle que je la conçois, c’est celle de la loi de 1905 »


Thierry Defait et son fils lors d'un match de Coupe de France opposant le Club Athlétique de Paris au Paris FC © Yann Guillotin

Thierry Defait et son fils lors d’un match de Coupe de France opposant le Club Athlétique de Paris au Paris FC © Yann Guillotin

Ancien directeur et actuel membre du Conseil d’administration du Club athlétique de Paris, Thierry Defait fut à l’origine de la décision d’adapter la charte de la laïcité dans les écoles sportives, en 2013.

En 2013, le Club athlétique de Paris a contacté Valérie Fourneyron, alors ministre des Sports, pour lui proposer de créer une charte de la laïcité pour les écoles de sport. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous avons eu un débat au sein du Conseil d’administration du club et nous avons en effet décidé d’écrire à la Ministre pour savoir s’il était opportun d’adapter la charte de la laïcité aux écoles de sport en général, et les écoles de foot en particulier.

Pour vous, qu’est-ce que la laïcité ?
La laïcité telle que je la conçois,  c’est celle de la loi de 1905, mais en allant un peu plus loin. Elle se situerait plus dans la déclaration des droits de l‘homme, et plus précisément de l’article 10 : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, à partir du moment où leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Justement, avez-vous déjà rencontré des imprévus ?
Nous avons eu un éducateur au sein du club, très bon par ailleurs, qui a refusé de serrer la main d’une femme. Je suis allé le voir et il m’a expliqué que la façon de pratiquer sa  religion ne lui permettait pas de rentrer en contact avec une femme en lui serrant la main.

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