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(In)égalités femmes / hommes : histoire, fantasmes et réalités

Écrit par Hélène Jaffiol

Sports, culture et bacs à sable

Sports, culture et bacs à sable par Hélène Jaffiol



Caisses de résonance médiatiques, sport et culture sont souvent le miroir des avancées et des blocages dans les rapports hommes/femmes : la Coupe du monde de football au Canada a offert une visibilité inédite aux crampons féminins, longtemps considérés comme un talisman masculin. La culture accuse toujours un lourd retard mais des femmes font bouger les lignes dans des métiers longtemps imprenables. Il reste encore beaucoup à faire pour chasser des stéréotypes aussi acérés que les lames d’un rasoir. Peut-être, faut-il revenir à l’époque du bac à sable, période charnière de construction de notre identité ?

Le football féminin

Un record historique d’audience pour la TNT, depuis sa création en 2005. Lors de la Coupe du monde au Canada en juin dernier, les joueuses de l’équipe de France de football ont pulvérisé autant les clichés que les records télévisuels. Près de 4,2 millions de Français se sont passionnés pour le quart de finale (perdu aux tirs au but) qui a opposé, sur la chaîne W9, les Françaises à leur bête noire, l’Allemagne.

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A l’occasion de la Coupe du monde, les joueuses françaises ont eu droit, pour la première fois, à leur album de cartes Panini, véritable talisman pour les petit(e)s footeux(ses).

En trois ans, la fédération française de football a gagné 35 000 licenciées. Aujourd’hui, près de 83000 filles enfilent les crampons en clubs. Dans quatre ans, c’est en France que sera organisée la prochaine Coupe du monde, version footballeuses. Les vocations ne font que commencer.

Christophe Gamel 2Je viens du monde des mecs – J’ai entraîné des équipes de foot au Qatar ou en Hongrie – alors, quand je suis arrivé au PSG j’avais quelques idées préconçues. Le football féminin, on peut d’abord penser que c’est du bas de gamme par rapport aux hommes. Mais une fois qu’on voit les joueuses sur un terrain, on ne peut que changer d’avis. Quand je rencontre d’anciens joueurs de football (masculin), ils sont surpris par l’intensité des entraînements et le niveau des matchs. En tant qu’entraineur, je peux dire que c’est sincèrement le même travail chez les hommes que chez les femmesChristophe Gamel, entraîneur adjoint du PSG féminin
 

Marie-Laure Delie : « Les derniers verrous vont finir par sauter »


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Celle que ses équipières surnomment « Madame un but par match » a été l’une des joueuses phares de l’équipe de France durant le mondial au Canada. Consécration : l’attaquante, qui évolue au PSG, a été choisie pour figurer dans le nouveau jeu vidéo de football, Fifa 16 qui sort à la rentrée. Avec, pour la première fois, des équipes féminines. L’égalité hommes-femmes à portée de manettes.

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Comment avez-vous débuté le football ?
A l’âge de cinq ans, j’ai commencé à jouer dans une équipe de garçons. Au début, quand ils me voyaient débarquer, ils pensaient que la partie serait facile, que je ne savais pas jouer au foot parce que j’étais une fille. Mais une fois avec le ballon, je doublais tout le monde et j’allais marquer. Plus tard, quand j’ai voulu devenir professionnelle, tout le monde me disait que c’était impossible. A l’époque, en France, il n’y avait que la star du football, Marinette Pichon, qui gagnait sa vie grâce au foot. Aujourd’hui, nous sommes quelques-unes à bien vivre de ce sport et j’en fais partie.

« On a montré qu’on était une belle équipe »

Que vous inspire le succès populaire de la dernière Coupe du monde au Canada ?
En France, on a commencé à découvrir le football féminin en 2011 durant les championnats du monde en Allemagne. Un an avant, il y avait eu chez les garçons la grève de Knysna, lors du mondial en Afrique du Sud. Finalement, cela a été un tremplin pour nous mettre en avant, montrer du beau jeu et redorer l’image du foot. Depuis, nous n’arrêtons pas de progresser. Nous avons confirmé avec cette Coupe du monde. Malgré le résultat (élimination en quart de finale), on a montré qu’on était une belle équipe. Le jour où l’on décrochera un titre mondial, une médaille aux Jeux olympiques, les derniers verrous dans les mentalités sauteront.
 

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Lesquels ?
J’ai découvert les clichés associés au foot féminin au moment de la coupe du monde 2011. On pensait que les joueuses ne savaient pas faire de passes, des contrôles. Les gens imaginaient qu’on ne pratiquait pas le même sport que les hommes, que les règles étaient différentes. Pour eux, les joueuses étaient des garçons manqués, avec des coupes rasées, ils ont découvert de belles femmes avec un beau jeu.

« Des femmes dans un jeu vidéo de foot, c’est la reconnaissance du monde masculin. »

Vous voyez une évolution de l’image du foot auprès des jeunes filles ?
A notre époque, nos seules idoles étaient des garçons. Aujourd’hui, les jeunes filles peuvent également incarner le football à travers des femmes. Grâce au succès des matchs à la télévision, j’espère qu’elles vont avoir de plus en plus envie de chausser les crampons. Aux États-Unis, c’est le sport numéro 1, les filles se battent pour avoir une bourse d’étude. En Allemagne, il y a déjà un millions de licenciées. En France, on en est encore loin.
 
Le jeu, Fifa 16, qui intègre pour la première fois des équipes féminines, c’est un grand pas en avant ?
Des femmes dans un jeu vidéo de football, c’était inimaginable, il y a encore quelques années. J’y jouais beaucoup lorsque j’étais petite, alors je suis très fière d’avoir MA joueuse dans le jeu. En plus de nous voir à la télévision, garçons et filles pourront jouer au football à travers nous. C’est une nouvelle vitrine pour le football féminin. On y voit la reconnaissance du monde masculin.
 
Reste que l’arrivée d’équipes féminines, dans le jeu phare de tous les passionnés de foot, a provoqué une avalanche de commentaires sexistes sur les réseaux sociaux. Pour info : 52 % de ceux qui jouent aux jeux vidéo en France sont…des femmes (source : syndicat national du jeu vidéo).

Culture : où sont les femmes ?

Les hommes se partagent-ils trop le « gâteau » de la culture ? Musique, théâtre, cinéma, les femmes peinent, dans presque tous les secteurs, à grignoter au-delà du premier tiers, quand ce n’est pas que quelques miettes. Quête d’une mixité à (ré)inventer.

Les points noirs

Les avancées

Frémissement positif chez les réalisatrices qui montent en puissance, bien qu’elles restent encore très minoritaires. Elles étaient 18,4 % en 2008 ; 23 % en 2012, soit une hausse de 5 %. Cette évolution signe-t-elle le début d’une nouvelle tendance vers plus de mixité ? Le chemin est encore long. Les réalisatrices « à la commande » ne représentent, elles, que 3% de l’ensemble des professionnelles. C’est-à-dire celles qui sont sollicitées pour réaliser un film qu’elles n’ont pas écrit. C’est particulièrement vrai pour les longs-métrages à gros budget. Selon le Centre National du Cinéma (CNC), le devis moyen des femmes est de 3,45 millions d’euros, contre 5,66 millions d’euros pour les réalisateurs masculins.

Émergence à la télévision de « showrunneuses » à succès

Qu’est-ce une « showrunneuse » ? Une femme scénariste, parfois productrice, qui chapeaute un groupe de scénaristes, à la manière des séries américaines. Quelques « showrunneuses » à la française font aujourd’hui leur place à la télévision. On peut citer Anne Landois, la femme-orchestre de la série policière à succès, Engrenages ; ou encore Cathy Vernet l’auteure de la série Hard sur Canal +. Reste qu’au cinéma, elles sont rares à prendre seules les commandes. Selon une étude de la Guilde française des scénaristes, les femmes – dont l’activité principale est l’écriture de scénario – ont toutes cosigné avec un partenaire masculin, entre 2003 et 2012. Le sort des femmes scénaristes mobilise également des figures outre-Atlantique et non des moindres : l’actrice aux trois Oscars, Meryl Streep, a annoncé en avril dernier la fondation d’un laboratoire destiné à aider les femmes scénaristes de plus de 40 ans. Ardente défenseure de l’égalité salariale à Hollywood, on se souvient de sa réaction très enthousiaste au discours de Patricia Arquette, lors de la dernière cérémonie des Oscars.

Comment déjouer les statistiques ?


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Melissa Petitjean : « J’ai eu la chance de rencontrer des mentors très égalitaristes »

Elle est la première femme à avoir reçu le César du meilleur son en 2014. Melissa Petitjean, 37 ans, a gravi tous les échelons dans un univers fortement masculin.
 
Comment ont été vos débuts dans une profession très masculine ?
A la sortie de l’école, je cumulais trois handicaps : j’étais une femme, j’étais jeune et les places étaient rares. Mais j’ai eu la chance de rencontrer des mentors [hommes] qui m’ont tout appris avec une pensée très égalitariste de ce métier : les femmes sont des mixeurs comme les autres. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Aujourd’hui, pour les longs-métrages, nous devons être trois femmes à réellement vivre de notre métier pour 60 hommes.

« Mais tu sais te servir de ça, toi ? »

Comment expliquez-vous ce déséquilibre ?
Au tout début de l’industrie du cinéma, le mixage était un métier très physique et technique. Le film n’était pas numérisé, il fallait toute la journée charger de lourdes pellicules sur les machines, alors on a fait appel aux hommes. En revanche, il y a traditionnellement beaucoup plus de femmes parmi les monteurs. Il y a un siècle, le montage consistait surtout à coller minutieusement des morceaux de pellicule, alors ont est allé chercher des couturières ( !) parce que c’était un travail très délicat. Cet inconscient ancestral, presque génétique, est resté même si les choses évoluent doucement.
 
Vous ressentez, dans votre travail, ces réflexes un peu sexistes ?
Parfois. Un jour, un jeune producteur arrive dans mon auditorium de mixage, vérifier l’avancée du film. C’est un décor un peu impressionnant et il a eu cette réflexion un peu stupide : « Mais tu sais te servir de ça, toi ? » Je lui ai répondu en rigolant : « Il vaut mieux pour toi car c’est pour ca que tu me paies. » Aujourd’hui, je suis protégée par mon César. C’est perçu comme une preuve de compétence. Je souhaite qu’il encourage des jeunes filles qui aiment le son – mais qui n’oseraient pas par peur de tomber dans un milieu d’hommes – à se lancer. Plus d’autocensure !


Laurence Equilbey : « Objectif : 15% de cheffes d’orchestre d’ici trois ans »

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© Agnès Mellon - Grand Théâtre de Provence

Elle fait figure d’exception parmi les chefs d’orchestre. A 52 ans, Laurence Equilbey dirige les ensembles musicaux Accentus et Insula orchestra.
 
Vous êtes l’une des rares cheffes d’orchestre en France. Pourquoi si peu de femmes ?
Le métier de chef d’orchestre nécessite de la bouteille, de l’expérience. Il faut pouvoir pratiquer avant d’arriver au sommet, mais cette étape-là, on l’interdit à de nombreuses femmes alors qu’on l’autorise naturellement à des hommes. On dit que la direction d’orchestre est trop dure physiquement pour les femmes, qu’elles manquent d’autorité naturelle. Un chef d’orchestre russe a même déclaré qu’elles provoquaient une distraction érotique. Mais c’est, en vérité, une question d’entre-soi, en particulier à l’opéra qui est un club très fermé.

« Je veille à maintenir la mixité.»

Peut-on, néanmoins, voir quelques progrès dans l’univers de la musique classique ?
Grâce à l’utilisation de paravents [qui cache le candidat] lors des phases de sélection, les orchestres sont aujourd’hui beaucoup plus mixtes. Mais du coup, ils ont tendance à s’ultra-féminiser pour certains instruments; moi dans mon orchestre, je veille à maintenir la mixité.
 
Comment inverser la donne ?
Il faut mettre un gros pied dans la fourmilière et appliquer la loi du 4 août 2014 [ndlr : sur l’égalité hommes/femmes]. Le gouvernement s’est clairement prononcé pour une hausse de 5% par an du pourcentage des femmes dans les secteurs les moins ouverts de la culture. J’espère que d’ici trois ans, on pourra arriver à 15 % de cheffes d’orchestres programmées en France.
 
Laurence Equilbey a lancé une web série sur Youtube autour de son enregistrement du Requiem de Mozart : www.insulaorchestra.fr/logbook

Évaluer la place des femmes dans les films : Faites le test de Bechdel
Souvenez-vous du dernier film que vous avez regardé et posez-vous trois questions simples :
 
1/ Le film présente au moins deux personnages de sexes féminins dont on connait le nom (« la voisine », « la banquière » sont exclues)
 
2/ Ces deux femmes ont-elles une conversation entre elles ?
 
3/ Et parlent-elles d’autre chose que d’un homme ?
 
Pas si facile en réalité… En France, l’association Osez le féminisme a fait le test, en 2011 sur les films qui avaient récolté le plus de succès en salle : seuls 16 % des films remplissaient réellement les critères de Bechdel, à l’image du film de Maïwenn, Polisse. Parmi les recalés, surprise : le triomphal Intouchables.
 
Le Test de Bechdel : mesurer la présence… par positivr

La « Taxe rose », les prix sur le fil du rasoir

Petite devinette :
Deux rasoirs strictement identiques sont sur un bateau. Lequel est le plus cher ? Le rasoir rose (pour femme) ou le bleu (pour homme) ? La réponse est dans la question, les femmes paieraient une taxe supplémentaire, celle de leur genre : « la taxe rose », évaluée sur un ensemble de produits à près de 4% *
 
Questions/réponses avec Géraldine Franck, membre de l’association féministe Georgette Sand qui a interpellé les pouvoirs publics sur cette taxe.
 
La taxe rose, c’est quoi ?
En septembre dernier, je suis allée vérifier les prix à l’aveugle dans des endroits que je connaissais bien : le coiffeur, le teinturier, le rayon beauté d’une grande surface… En l’espace de quelques minutes, j’avais trouvé presque 10 exemples de différences de prix entre hommes et femmes pour un service ou un produit identique. J’ai trouvé ça ahurissant. Au final, il ne s’agit souvent que de quelques centimes, voire quelques euros supplémentaires. Mais, le problème est que cette taxe n’est absolument pas justifiée. D’autant plus, que les femmes gagnent statistiquement moins que les hommes.
 
La taxe rose, par l’exemple
– Chez le teinturier, le chemisier femme à 5 €, la chemise homme à 4 €.
– Chez le coiffeur, le shampoing-coupe-brush homme à 8 €, 13 € pour les femmes.
– En grande-surface (Monoprix), le rasoir rose est plus cher – de quelques centimes – que le bleu et avec moitié moins de lames (5 contre 10). Photo rasoirs (source : trumblr de Georgette Sand)
– D’autres exemples pour la route :

http://womantax.tumblr.com/post/102276063805/chez-protecthome-le-marketing-genré-na-pas-de

Comment ça marche ?
Pour une taxe rose efficace, il faut un grand magasin où les rayons pour hommes et femmes sont éloignés les uns des autres. On ne pensera pas alors à aller vérifier les prix. Dans les petits magasins, il est plus difficile d’installer des rayons genrés (hommes et femmes séparés). Et magique : les différences de prix sont moins importantes, voire quasi-nulles.

Ça existe une « taxe bleue » ?
Le seul vrai exemple qu’on a trouvé, c’est le cordonnier. Très souvent, les tarifs sont supérieurs pour les hommes, quelle que soit leur pointure. Pourquoi ? Une femme peut faire une taille 40, cela nécessitera davantage de travail qu’un homme qui chausse du 39.

Quelles solutions ?
On demande aux grandes enseignes d’installer des rayons beauté par types de produits – shampoings, rasage, coloration – et non plus par genre. Il faudrait que les coiffeurs, les cordonniers, les teinturiers, les service-retouches [vêtements] suivent la même logique : proposer une grille de tarifs selon la technicité utilisée, le temps consacré ; et non plus par genre. Pour le coiffeur, je connais des femmes aux cheveux courts qui sont exaspérées de payer le « tarif femme » alors qu’elles pourraient bénéficier du « tarif homme ». Et que dire des hommes qui ont des cheveux longs ?

Que peut-on attendre des pouvoirs publics ?
Bercy a lancé une étude sur la taxe rose mais nous n’attendons rien de concret. Le plus important pour nous est qu’on parle de ce sujet, que les plus précaires, surtout, fassent leurs achats en connaissance de cause.

Les tampons, l’autre « taxe rose » qui ne passe pas
En France, les produits hygiéniques féminins (serviettes, tampons) sont taxés à 20 % alors que les préservatifs, et le Coca-Cola, considérés comme des biens de première nécessité, bénéficient d’une taxe à 5.5 %. Le collectif Georgette Sand a lancé une pétition : « Règles et TVA : le tampon on l’a en travers de la gorge ! » Objectif : faire baisser la TVA à 5,5 %, les tampons étant un produit strictement incontournable pour une femme. Pour rappel : elle dépenserait l’équivalent d’un smic pour acheter ses tampons/serviettes au cours de sa vie (étude britannique).

Les Australiennes en colère

En Australie, un clip de rap assez provocateur, « Drop it coz it’s rot » (« Laisse-la tomber parce qu’elle est pourrie »), dénonce la « taxe tampon » (GST) de 10 % qui rapporterait au gouvernement près de 25 millions par an. Dans le clip inspiré du tube de Snoop Dogg « Drop it like it’s hot », on voit apparaitre la propre sœur du Premier ministre Tony Abbott.

* Étude du comparateur de prix MonsieurDrive.

Et si l’égalité hommes-femmes passait par un retour au bac à sable ?

On dit souvent d’un garçon qu’il peut être indiscipliné, fumiste, « tchatcheur », On le dira moins d’une fille, qu’on imagine plus « discrète », préférant l’intérieur d’une chambre ou d’une salle de classe aux espaces de loisirs. Tous les enfants ne correspondent pas à cet archétype mais il conditionne souvent de nombreux préjugés à l’âge adulte. Construction psychologique, comportements scolaires, utilisation des espaces de loisirs, trois spécialistes décortiquent le moule masculin et proposent des solutions.

Dur, dur d’être un garçon ?

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Le pédopsychiatre, Stéphane Clerget, ausculte les difficultés de grandir au masculin dans un ouvrage iconoclaste, Nos garçons en danger !, sorti en février dernier chez Flammarion.

Pourquoi s’intéresser aux problèmes spécifiques des jeunes garçons ?
« Les garçons sont surreprésentés dans certaines pathologies : les troubles du système de l’attention, la dyslexie, l’autisme, les troubles suicidaires. Par rapport aux filles, les jeunes garçons sont en retard dans tous les domaines : lecture, écriture. Les progrès pour l’égalité des sexes n’ont pas été suffisamment accompagnés d’un questionnement sur l’identité des garçons ».

« Il faut une parité dans les métiers de la petite enfance »

« La crèche, l’école sont des terrains massivement féminins. Mais les garçons ont également besoin de modèles masculins qui évoluent dans le domaine du savoir, de la scolarité, proches d’eux, sinon ils se tournent vers des représentations masculines caricaturales, davantage basées sur la force physique : le guerrier, le policier, voire le délinquant… Il pas que ces modèles soient les seuls associés à la masculinité. Il en faut également qui s’intéressent à la littérature, à l’art. Les jeunes garçons se construisent mieux en sachant qu’il y a mille et une manières de devenir un homme ».


Le garçon se « fabrique » dans la punition

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La professeure et docteure en sciences de l’éducation, Sylvie Ayral (La fabrique des garçons. Sanctions et genre au collège, PUF, 2011), a épluché 6000 punitions dans cinq collèges différents dans l’agglomération de Bordeaux. Établissement rural, collège ZEP, ou école huppée, le constat est sans appel : plus de 80% des sanctions sont infligées à des garçons, qui en font des « médailles » de la virilité. Pourquoi ?

« La plupart des garçons instrumentalise le système des sanctions pour se donner à voir auprès des copains »
« Dans le grand théâtre qu’est le collège et la classe, la pire insulte pour un garçon est d’être assimilé au féminin »
« A partir du moment où la parole se libère, les sanctions diminuent et le vivre-ensemble s’améliore »
« On ne peut émanciper la moitié de l’humanité [les filles] sans émanciper l’autre [les garçons] »

Les espaces de loisirs, fief masculin ?


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Ces dernières années, les skates parcs et les city stades (foot, basket…) ont poussé comme des champignons dans de nombreuses villes de France. Un énorme succès chez les jeunes garçons. Mais pas chez les filles. Pour la géographe du genre, Edith Maruejouls (Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir des jeunes. Pertinence d’un paradigme féministe, thèse soutenue en 2014), il faut repenser les espaces de loisirs pour en faire de véritables lieux de mixité.

A quel moment les jeunes filles « décrochent » des activités de loisirs ?
Avant l’âge de 12 ans, les enfants ne peuvent se garder tout seul (le mercredi, les congés d’été…), on constate alors des espaces de loisirs avec autant de filles que de garçons. C’est lorsqu’on arrive à un loisir pour soi, lorsque les jeunes n’ont plus besoin d’être gardés, vers l’entrée en 6e, que le décrochage des filles est massif. Les pratiques de loisirs sont, non seulement, stéréotypées : des sports de filles et des sports de garçons (danse, football, rugby…), des instruments de musique pour filles (le piano, la chorale, la flute) d’autres pour les garçons (la guitare, la batterie…) ; mais les pratiques de loisirs des filles sont moins valorisées, valorisantes et elles n’y trouvent plus leur compte. »

« L’école est l’espace légitime des filles ; les espaces de loisirs, les garçons »

Pourquoi ?
Les filles investissent plus l’école que les espaces de loisirs. Les garçons font plutôt le choix inverse. Ce sont des schémas qui s’imposent aux enfants sans qu’ils s’en rendent compte. On retrouve, par exemple, plus de filles aux aides aux devoirs, le soir après l’école, alors qu’elles ont de meilleures notes statistiquement que les garçons. C’est considéré comme leur espace légitime.

Que répondez-vous à ceux qui disent que ce sont aux filles de s’imposer dans les espaces de loisirs ?
Il faut s’interroger : pourquoi ne le font-elles pas ? L’égalité face aux loisirs, ce n’est pas qu’une question de liberté d’accès mais également une question d’environnement favorable ou non. Il y a des espaces, comme les skate-parcs, les city stades, massivement investis par les garçons ; certains clubs sportifs n’ont pas de section mixte ou féminine. A 12 ans, les jeunes filles n’ont pas forcément les ressources, la force, de s’imposer dans un environnement où elles ne sont pas les bienvenues, même si elles en ont le droit en théorie.

La lutte d’adolescents pour pratiquer un loisir contraire à leur « genre » constitue une source d’inspiration pour le cinéma (cliquez sur la bulle pour voir les vidéos)

« L’enjeu, c’est que garçons et filles jouent ensemble sur le même terrain. »

Vous vous êtes également intéressée au placement des garçons et des filles dans la cour de récréation. Pourquoi ?
La cour de récréation est un micro espace public de loisirs. Pour les jeunes garçons, le terrain de foot légitime leur présence à l’intérieur. Ils le justifient comme ça : « C’est mon espace de jeu donc toi, fille, tu vas jouer à l’extérieur ». Ce n’est pas complètement uniforme, certaines filles parviennent à s’imposer et d’autres garçons sont rejetés. Mais sans le savoir, l’enseignant encourage souvent ces comportements. Lorsqu’il y a conflit, on va séparer le garçon et la fille : le garçon dans le terrain de football, et la fille à l’extérieur. Alors que c’est justement là d’où vient le problème.

Comment y remédier ?
Dans l’école que j’ai observée à Mont-de-Marsan, les enseignants ont mis en place, certains jours, des récréations « sans ballon » avec des jeux collaboratifs. L’enjeu, c’est que garçons et filles jouent ensemble sur le même terrain.

Reportage de France 2