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(In)égalités femmes / hommes : histoire, fantasmes et réalités

Écrit par Alexandra Luthereau

Médias et politique vont mâles

Médias et politique vont mâles par Alexandra Luthereau

Allumez la télé ou la radio, tournez les pages d’un journal : vous verrez, lirez et entendrez des femmes, bien sûr. Mais si vous vous penchez plus sérieusement sur leur temps de parole et la façon dont ces médias en parlent, vous vous rendrez compte, comme toutes les études publiées, que la représentation des femmes est éloignée de la place qu’elles occupent dans la société, y compris quand il s’agit de femmes politiques. Mais cette représentation évolue peu à peu.

Ça se renouvELLE ?

Peut-être avez-vous déjà vu sur Internet cette image de David Hasseloff, une star télé des années 80, le pouce brandi félicitant ironiquement des plateaux d’experts composés uniquement d’hommes…. Ce Tumblr “All Male Panel” met en évidence des émissions télé, des colloques et autres réunions d’experts où les femmes sont aux abonnées absentes. Si les images collectées par le site sont surtout celles de réunions nord-américaines, la France n’est pas en reste. En 2008, Michèle Reiser et Brigitte Gresy, ont publié le rapport “L’image des femmes dans les médias” pour le gouvernement de l’époque. Le constat est sans appel : les femmes sont toujours moins présentes. A la radio, le temps de parole des experts hommes est de 25 minutes contre 1 minute 35 pour les femmes, à la télévision les prises de parole sont à 63% masculines. Dans la presse, les hommes font trois fois plus l’objet de photos que les femmes. Par ailleurs, les femmes sont citées cinq fois plus souvent sans leur nom ou uniquement par leur prénom. Elles sont trois fois plus souvent représentées dans leurs relations familiales. Enfin, d’après toutes les études, les expertes invitées dans les médias ne représentes que 20% de ces interventions. Ainsi les femmes présentes dans les médias « sont plus anonymes, moins expertes, davantage victimes que les hommes » souligne le rapport.

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© AFP Photo / Jean-Philippe Ksiazek

« Pour l’expertise, on se tourne naturellement vers les hommes. Derrière ce choix que l’on perçoit comme spontané, il y a une construction sociale qui existe depuis des millénaires qui exclut les femmes du monde du savoir », analyse Marlène Coulomb-Gully, professeure en Sciences de l’information et de la communication à l’université Toulouse II. D’ailleurs, il aura fallu attendre 1980 pour qu’une femme, Marguerite Yourcenar, intègre le cercle fermé des Académiciens et 2014 pour qu’une mathématicienne se voit décerner la médaille Fields, haute distinction en matière de mathématiques. Ce ne sont que quelques exemples.

Expertes moins sollicitées et qui s’auto-censurent

« Est-ce la société ou les médias qui sont sexistes ? », interroge Ségolène Hanotaux, porte-parole de Prenons la Une, un collectif de femmes journalistes qui demande une plus juste représentation des femmes dans les rédactions mais aussi dans les médias notamment dans la façon dont on parle d’elles. «Les deux, répond-t-elle. D’un côté, il y a moins de femmes à des postes clé et les médias accentuent le phénomène en n’allant pas chercher ces expertes certes peu nombreuses mais qui existent. Même s’il y a dix fois moins de femmes expertes sur les questions de sécurité ou de terrorisme, cela vaut le coup d’aller les chercher ».

Pour favoriser le recours aux expertes, Marie-Françoise Colombani, journaliste au magazine Elle et Chekeba Hachemi, fondatrice de EpOke Conseil, un cabinet de conseils spécialisé dans l’égalité professionnelle et ancienne diplomate afghane, lancent en 2012 le premier “Guide des expertes” à l’attention des journalistes, des entreprises, ou encore des organisateurs d’événements. En juin 2015, cet annuaire passe du papier à l’écran et devient gratuit. Il recense à ce jour 1200 expertes sur 250 thématiques et 2500 mots clés. D’autres annuaires sur des thématiques spécifiques existent, comme ExpertESS qui compile des expertes de l’économie sociale et solidaire ou encore Girlz in Web qui répertorie des professionnelles et chercheuses dans le domaine du numérique et des nouvelles technologies.

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© AFP Photo / Thomas Samson

Selon Ruth Elkrief, journaliste sur la chaîne BFMTV, il est également plus difficile de trouver des intervenantes compétentes, c’est-à-dire à l’aise devant une caméra et sachant s’exprimer en public. D’autant plus que les femmes ont tendance à s’auto-censurer et à douter de leur légitimité. « Les femmes vont facilement refuser une interview si elle ne concerne pas son champ d’expertise spécifique, tandis qu’un homme n’aura pas ces mêmes scrupules », atteste Marlène Coulomb-Gully. Et de déplorer : « les interventions sur des plateaux télé sont bien souvent éprouvants. Les hommes ne se parlent qu’entre eux même, s’il y a des femmes présentes. Tandis que les intervenantes attendent qu’on leur donne la parole, leurs homologues masculins la prennent d’office. Les femmes se font marcher dessus ».

Par ailleurs, malgré les chiffres incontestables, la faible représentation des femmes est sous-estimée. Dans l’étude de 2011 « Les expertes : bilan d’une année d’autorégulation », il ressort que les journalistes de magazines féminins estiment que la proportion d’expertes intervenant dans leurs pages s’élève à 80%, alors qu’elle est en réalité de l’ordre de 50%. « On surévalue en permanence le nombre de femmes expertes dans les médias car d’une part on estime que la parité est acquise, et que d’autre part on a tendance à surévaluer les minorités. Soit parce qu’on remarque davantage leur présence du fait que ça fait peu de temps qu’on les voit à ces places-là, soit parce qu’elles constituent une menace». Et Ségolène Hanotaux de renchérir : « Quand on voit un plateau télé avec que des hommes autour de la table, on ne le remarque même pas. En revanche, un plateau avec que des femmes expertes, et c’est rare, ça se voit tout de suite ».

Des politiques toujours ramenées à leur condition de femme

Du côté des femmes politiques, le tableau n’est guère plus réjouissant. Dans son livre Présidente le grand défi, Marlène Coulomb-Gully a analysé la façon dont toutes les candidates aux élections présidentielles ont été traitées par les médias, depuis Arlette Laguillier, première femme à s’y être présentée en 1974.
Premier constat : l’invisibilité des femmes. Mise à part Ségolène Royal, ces candidates sont issues de petits partis politiques, les grands partis politiques ne prenant pas le risque d’un présidentiable au féminin. Non seulement elles sont moins visibles que leurs homologues masculins de petits partis mais généralement les médias les oublient littéralement, ne les citent pas.

Le deuxième constat est que « s’il y a des femmes en politique, le politique ne s’énonce pas au féminin » et quand les femmes entrent dans l’arène, on les ramène à leur condition féminine. Elles sont facilement nommées par leur prénom, qui par essence est utilisé dans la sphère privée et donc dans l’espace domestique tandis que le nom est, lui, utilisé dans la sphère publique. Elles sont ramenées à leur apparence physique, on les présente comme des mères, des épouses. Ces femmes sont également souvent décrites comme des muses, des égéries, des pasionaria… peut-être pour ramener du connu dans l’inconnu. Troisième caractéristique de la médiatisation de ces candidates : elles pâtissent du soupçon d’hétéronomie, le contraire de l’autonomie. C’est-à-dire que l’on cherche, d’une certaine manière, l’homme derrière la candidate. « Comme si une femme ne pouvait pas être candidate de son propre chef », précise Marlène Coulomb-Gully qui relève d’ailleurs l’aspect révélateur de l’expression « de son propre chef ».

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© AFP Photo/ Jacques Demarthon

Enfin dernier point, l’étude pointe l’utilisation courante de ce que Marlène Coulomb-Gully qualifie de processus de requalification. Quand une femme fait preuve d’autorité, elle sera jugée autoritaire, un homme lui sera considéré comme ferme. Une femme qui a l’esprit de décision ? Elle est incontrôlable… « Notre appréhension des choses n’est pas paritaire. Cela montre bien, qu’à l’instar de la société, les médias sont travaillés par un insu structurellement sexiste », résume Marlène Coulomb-Gully.

Comment alors améliorer la situation ? « Il faut que les gens en prennent conscience, il faut leur en parler, explique Ségolène Hanotaux. Les médias, avec l’Éducation nationale et l’entreprise, ont une responsabilité particulière dans la reproduction des stéréotypes de genre notamment. Ils doivent montrer que les femmes peuvent prendre la parole sur des sujets comme le terrorisme ou la sécurité, en tant qu’expertes… et exposer des modèles féminins auxquels les enfants puissent se référer. Les médias doivent être le juste miroir de la société. »

Ensuite pour enrayer ces stéréotypes sexistes, l’éducation à l’école et à la maison est fondamentale. « Tout système de représentation est équivalent à un système de valeurs. Sans changement de ces représentations, le système de valeurs est conforté, explique Marlène. Par ailleurs, je militerais pour que ces questions soient intégrées dans les formations des journalistes. » C’est d’ailleurs ce que demande dans son manifeste Prenons la Une. Pour y parvenir, le collectif a rencontré les responsables d’écoles de journalisme reconnues, aucune n’a pour l’instant accepté d’intégrer un module de ce type. « Leur réaction a été très violente, comme si nous étions des harpies… Les directeurs de ces écoles ont qualifié notre demande de sectaire. Alors que pour nous, il s’agit d’une question de déontologie journalistique », fulmine Ségolène Hanotaux. Le problème c’est aussi que « les gens ont le sentiment – faux ! – que l’égalité est là, souligne Marlène Coulomb-Gully. Je sens souvent une sorte d’agacement du genre “Mais qu’est-ce qu’elles veulent encore ?!”. L’égalité on en parle beaucoup mais on ne fait pas beaucoup ».

Prise de conscience

Pourtant le sujet avance, Delphine Ernotte est devenue la Directrice de France Télévisions en avril 2015, Mathieu Gallet a nommé des directrices chez Radio France, une première dans la radio publique française. Par ailleurs, la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes votée en août 2014 a donné plus de pouvoirs au CSA (conseil supérieur de l’audiovisuel) pour lutter contre les stéréotypes de sexe dans les médias. Dans sa délibération de février 2015, la commission Femmes de l’instance a doté le CSA d’outils pour mesurer la présence des femmes dans les médias audiovisuels (fiction, plateau télé, expertes…). Tous ces médias doivent désormais utiliser les mêmes méthodes. En 2016, une fois les premières mesures qui feront office de références réalisées, des objectifs seront définis pour chacun d’entre eux.

Pour la presse écrite en revanche, il n’existe pas d’obligations ou de mesures de ce genre. Pourtant des évolutions positives se font sentir. Le “Global Media Monitoring Project” (GMMP) mesure tous les cinq ans la présence des femmes dans les médias. L’étude couvre 90% des médias français. La dernière édition de 2010 montrait que les femmes journalistes avaient tendance à interroger plus de femmes. Selon la porte-parole de Prenons la Une, la prise de conscience est effective dans les rédactions, « j’entends des journalistes disant se servir du guide des expertes, certains directeurs de rédaction en font une priorité.». Pour aller plus loin, le collectif propose également la création d’un conseil de presse, à l’instar de ceux qui existent dans d’autres pays ou encore le conditionnement d’une partie des aides à la presse par l’atteinte des objectifs de meilleure représentation. « Nous avons porté au ministère cette proposition. Mais au vu de la situation de la presse actuellement, de telles mesures ne sont pas à l’ordre du jour ».

Le chemin vers une égale représentation des femmes et des hommes dans les médias est encore long. Il n’est pas certain que le pouce du héros de K2000 soit bientôt levé pour saluer cette parité.

30 ans dans la vie politique d’une femme



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David Ignaszewski / Koboy © Flammarion

Dans La petite fille de la Ve son livre paru au printemps dernier, Roselyne Bachelot nous livre ses souvenirs de la 5e république en tant que témoin et actrice aux premières loges. Entre complots, histoires de campagnes et anecdotes croustillantes, celle qui a gravi tous les échelons jusqu’à occuper des postes de ministre, nous dépeint aussi une politique française sexiste, où les femmes prennent néanmoins une part de plus en plus importante.

C’est en tenue décontractée, pieds nus que Roselyne Bachelot nous ouvre la porte de son appartement parisien. Chaleureux, distingué mais sans chichis, son intérieur est à l’image de l’ancienne femme politique, désormais journaliste et chroniqueuse. Dans l’entrée, une petite valise attend le départ. C’est que quelques jours après notre rencontre, Roselyne Bachelot, grande fan d’Opéra assistera au festival de Bayreuth, en Bavière après s’être rendue à Orange et Aix-en-provence. « Cette période de juillet est consacrée à la musique, nous dit-elle. J’ai besoin de musique comme je respire ». Elle a d’ailleurs insisté auprès de son éditeur pour écrire une biographie de Verdi. En échange de quoi, il lui a commandé un livre de souvenirs. La petite fille de la Ve, paru en mai dernier, démarre quand, à neuf mois, dans les bras de son père, le général de Gaulle l’embrasse sur la joue lors d’une réunion publique pour présenter son nouveau parti. Ce baiser, comme un signe annonciateur, préfigure de sa future carrière en politique, longue de quarante ans et quittée en 2012. En filigrane des souvenirs de cette petite fille née au lendemain de la seconde guerre mondiale puis de ceux de la femme évoluant dans un milieu d’hommes, se profile la dénonciation du sexisme. Non pas à la manière d’un pamphlet puisque tel n’était pas le but mais à travers des anecdotes qui ont structuré sa vie politique et l’ont confrontée « au mépris, à la jalousie, à la manipulation et au paternalisme, toutes ces formes de machismes subies ». Citons en morceaux choisis un compliment sur son « charmant sourire » quand les hommes de l’assistance ont, eux, droit à des remarques techniques, une victoire politique félicitée par un savoureux « si on avait su que c’était jouable, on aurait envoyé un homme…» ou l’utilisation récurrente du sobriquet « ma petite fille » pendant quarante ans. « C’est en relisant ce livre, comme une lectrice, que je me suis rendue compte qu’il s’agissait d’une dénonciation du machisme dont je n’avais pas saisi le sel, la saveur, la sévérité, la pugnacité au moment de l’écrire ».

Des outils pour reconnaître et combattre le sexisme

Cette découverte du machisme s’est révélée d’autant plus violente qu’elle n’y avait pas goûté jeune fille. Roselyne Bachelot née Narquin a été élevée dans une famille « profondément égalitaire », par une mère intellectuelle féministe et un père, résistant puis député, avec qui elle partagera réunions et campagnes politiques. D’eux, elle aura reçu les outils nécessaires pour reconnaître et combattre le sexisme le sexisme et avoir une place digne. D’abord en lui donnant accès à des livres féministes « structurants » comme le Troisième sexe de Simone de Beauvoir, La femme mystifiée de Betty Friedan ou Une chambre à soi de Virginia Woolf… Puis en lui transmettant le « goût du combat » pour défendre ses idées et ses convictions. Enfin, en lui léguant la notion de liberté, pour s’affranchir des relations de dépendance aux autres. « Ce sont vraiment ces outils qui structurent mes engagements », affirme-t-elle.

Si Roselyne Bachelot a baigné dans le militantisme et la politique dès son plus jeune âge, elle n’entrera dans l’arène qu’au milieu de la trentaine, à des postes de conseillère générale puis de conseillère régionale. C’est en 1988, année où elle obtint son doctorat en pharmacie, qu’elle est élue députée pour la première fois dans le Maine-et-Loire. « Le premier jour du reste de ma vie » comme elle l’écrit dans son livre restera à jamais gravé dans sa mémoire et au dos du cadran de sa montre qu’elle nous tend. On peut y lire « 25 703 », le nombre d’électeurs de ce vote. Elle restera à l’Assemblée nationale jusqu’en 2002, 14 ans pendant lesquels elle s’est attachée à n’avoir aucun objet personnel, photo ou bibelot dans son bureau comme le lui avait conseillé son père. Une ascèse de l’adieu pour, lui a-t-il soufflé, « pouvoir quitter ce lieu tous les soirs comme si jamais tu ne devais y revenir ». De la même manière, une fois ministre de l’Écolo­gie et du Déve­lop­pe­ment durable, puis de la Santé et de la soli­da­rité et de la cohé­sion sociale entre 2002 et 2012, sous les présidences de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, elle a continué de vivre dans son appartement personnel plutôt que s’installer dans ces ministères.

Une vie d’engagements et de sacrifice

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© AFP Photo / Philippe Desmazes

Durant sa carrière politique, Roselyne Bachelot se sera démarquée par sa franchise, sa liberté de pensée et ses engagements féministes et progressistes pour la parité, le revenu minimum d’insertion (ex-RSA), les salles d’injections contrôlées, les droits des homosexuels pour n’en citer que quelques uns. Elle aura également été témoin et participé à l’évolution de la place de la femme en politique. Parmi ses souvenirs les plus marquants, elle retient son discours prononcé en 1998 dans l’hémicycle pour défendre son vote en faveur du pacte civil de solidarité (Pacs) : « un moment inouï ». « Quand une personne vous écrit pour vous dire qu’il s’est parfois demandé pourquoi il siégeait dans l’hémicycle et qu’en écoutant votre discours il comprend pourquoi on est élu. Waouh ! C’est très très fort ». Cet argument n’aura pas suffi à convaincre son fils, Pierre, de suivre le même chemin. « Il considère que j’ai eu une vie de sacrifices, il n’a pas envie de passer ses dimanches dans des banquets d’anciens combattants ou à la fête des fleurs de Champigné, ni d’être en réunion tard le soir mais d’avoir une vie normale. La vie politique c’est un sacerdoce, c’est une vie de merde, c’est une vie de service ».

Beyoncé, Rihanna et Nekfeu

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© AFP Photo / Jacques Demarthon
La politique est maintenant derrière elle mais sa vie n’en est pas moins forte. L’ex-ministre est aujourd’hui éditorialiste pour Nice-Matin, chroniqueuse pour Forum Opéra, co-animatrice télé en compagnie de Laurence Ferrari et d’une joyeuse bande de nanas dans l’émission Le Grand 8 sur D8 mais aussi bénévole dans treize associations humanitaires et sociales et auteure de livres. « Je considère que ma vie est une succession de choses extraordinaires et que j’ai la chance de pouvoir continuer dans autre chose qui est tout à fait excitant », confie-t-elle sans nostalgie de sa vie politique. Sa nouvelle activité journalistique est riche de rencontres – on se souvient de son émotion lisant un billet rédigé à l’adresse de Latifa Ibn Ziaten, la mère du premier militaire assassiné par Mohamed Merah en 2012. C’est aussi l’occasion de découvertes inattendues, en tout cas loin de ses premières amours, parmi lesquelles Rihanna et Beyoncé qu’elle adore ou le rappeur Nekfeu dont elle est « dingue ». « C’est tellement frustrant en politique d’être dans des cases, j’avais envie de parler de mode, de cuisine, d’actualité…. J’ai envie de rire, de sourire, et puis néanmoins d’exercer un vrai métier. Je vois les films, j’assiste aux pièces de théâtre, j’écoute les CD, je vais aux stand-up. Je découvre un monde nouveau ».

En quittant son appartement, on remarque les livres consacrés à l’environnement qui s’empilent sur la table basse du salon. Elle sourit. « Je suis présidente du prix du livre environnement. Une vingtaine de livres m’attend. Je vais les lire cet été ». Elle continuera ses éditos du weekend dans le quotidien niçois et commence à réfléchir à son prochain livre qu’elle commencera en octobre. « Il sera complètement différents de mes précédents. J’ai déjà le titre ». Le mois d’août de cette bientôt septuagénaire s’annoncent comme des vacances… très studieuses.

Karima Delli : « La loi parité n’a pas changé le machisme dans les assemblées de la République »


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Karima Delli est euro-députée Europe-Ecologie-les-Verts (EELV) depuis 2009. En mars 2014, l’élue a lancé le Tumblr «Et sinon, je fais de la politique» mettant en scène des femmes, qui comme elle, ont subi des remarques ou attaques sexistes. Chacune de ces députées, sénatrices, militantes, vice-présidentes de région… ont posé pour deux photos. A gauche : l’air sérieux, elles portent une pancarte sur laquelle est inscrit la remarque sexiste subie. De l’autre, ces femmes affichent fièrement leurs fonctions à hautes responsabilités.

Quelles ont été vos motivations pour lancer ce Tumblr en mars 2014 ?
Je me suis rendue compte en discutant avec mes collègues femmes que tout comme moi elles avaient déjà essuyé des remarques sexistes. Pour la journée mondiale des droits de la Femme, je voulais dénoncer le sexisme ordinaire en politique avec humour pour bouleverser les codes et changer d’actions. Le but de ce tumblr était de réveiller les consciences. Il démontre également à quel point le chemin est encore long et ardu.

« Je me souviens aussi que Laurent Fabius s’était demandé qui s’occuperait des enfants tandis que Ségolène Royal serait en campagne pour la présidence de la République. »

Quelles sont les phrases qui vous ont marquées ?
Ces phrases peuvent être dites sur le ton de l’humour, de manière anodine, mais elles sont très blessantes. Une collègue, spécialiste sur le nucléaire, s’est entendu dire que cette discipline était trop sérieuse pour que les femmes s’en emparent. Je me souviens aussi que Laurent Fabius s’était demandé qui s’occuperait des enfants tandis que Ségolène Royal serait en campagne pour la présidence de la République. Je pense également à la députée Barbara Pompili à qui ont a dit « Barbie fait de la politique ». Jamais on n’ irait dire à un homme : « Ken fait de la politique ». Ou encore de la députée Véronique Massoneau prenant la parole dans l’hémicycle, a entendu un député [ Philippe Le Ray, ndlr ] caqueter. Il a été sanctionné avec un simple rappel à l’ordre et une inscription au PV de la séance. Selon moi, c’est une sanction insuffisante pour que ces remarques cessent.

Ces remarques sexistes émanent-elles d’un profil particulier d’hommes, plutôt âgés notamment ?
Non, c’est ça le drame.

« Malgré la loi parité mise en place il y a 15 ans, la politique reste un monde d’hommes »

Quelle a été la réaction des hommes à ce tumblr ?
Ce qui est extraordinaire, c’est que la réaction des hommes, pas seulement dans la sphère politique, a été positive. Ce tumblr a rapidement reçu des messages de félicitations et de remerciements de la part d’hommes. Certains ont été totalement choqués que les femmes politiques subissent ce genre de remarques. En effet, le but n’est pas de monter les hommes et les femmes entre eux mais de montrer que nous nous rejoignons sur ces questions d’égalité.

Et les hommes qui ont prononcé ces remarques, ont-ils réagi ?
Absolument pas.

Pourtant, au fil des années, et avec la loi parité de 2000 les femmes politiques sont de plus en plus nombreuses à occuper des postes à responsabilités…
Il est toujours plus difficile pour les femmes d’exister puisque, jusqu’à peu, la politique était un monde exclusivement masculin. Aujourd’hui malgré la loi parité mise en place il y a 15 ans, la politique reste un monde d’hommes avec un ensemble de réflexes et d’habitudes à combattre. Cette loi n’a pas changé le machisme dans les assemblées de la République. D’autant que les hommes politiques font un peu une résistance inconsciente.

« Les médias véhiculent parfois une image qui ne donne pas l’impression de femmes en capacité d’avoir des responsabilités en politique. »

Quelles autres raisons peuvent également expliquer ce sexisme en politique ?
Dans cette sphère politique, j’ai aussi l’impression que tout est question de codes et que les femmes justement cassent un peu ces codes. Pas toutes d’ailleurs car certaines endossent les codes masculins, comme celles qui préfèrent le titre de madame LE sénateur ou encore madame LE député, en considérant que de cette manière les femmes sont l’égal des hommes. Par ailleurs, les médias sont également responsables dans une espèce de marginalisation des femmes.

C’est-à-dire ?
Les médias véhiculent parfois une image qui ne donne pas l’impression de femmes en capacité d’avoir des responsabilités en politique. Par exemple, les femmes politiques sont souvent appelées par leur prénom, les enfermant dans une espèce de paternalisme bienveillant. Ou encore les patrons de presse sont souvent des hommes. En 2015, les médias, comme la politique devraient montrer l’exemple, être à l’avant-garde des évolutions de la société. En réalité ce sont des lieux de conservatisme alors que les femmes sont une chance, un tremplin pour le renouvellement de la démocratie. Mais encore faut-il continuer ce combat.

« On continue le combat pour l’égalité salariale puisqu’à niveau de diplômes équivalent les femmes gagnent toujours moins. »

Au parlement européen, l’attitude des hommes politiques est-elle semblable à celle observée à l’Assemblée nationale ou le Sénat ?
Il est assez rare d’entendre dans l’hémicycle des remarques sexistes parce que le Parlement européen mêle tellement de cultures que ce genre de remarques serait immédiatement sanctionné. D’ailleurs, que des femmes viennent dans l’hémicycle avec leurs bébés n’est absolument pas choquant, à l’Assemblée nationale je n’ai jamais vu cela. Mais c’est aussi une question d’institution. Dans les commissions en revanche, on peut entendre ce genre de remarques.

Avez-vous d’autres projets pour poursuivre ce combat ?
Je suis membre de la commission Femmes au parlement européen donc le combat sur l’égalité fait partie de ma mission. On s’est battu pour une directive permettant à l’ensemble des femmes et des hommes d’avoir un congé maternité ou paternité. Cette directive a été retirée par le parlement européen qui a argué de la nécessité de simplifier la législation européenne. On continue le combat pour l’égalité salariale puisqu’à niveau de diplômes équivalent les femmes gagnent toujours moins. A la rentrée nous nous attaquerons à la taxe rose, un combat porté en France par le collectif “Georgette Sand”, c’est un mouvement qui existe aux Pays-Bas et en Angleterre. On veut que tous les produits aux caractéristiques identiques ne soient pas vendus aux femmes plus cher et ce, dans tous les pays européens.