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Vieillir en 2016, c'est grave ?

Écrit par Charline Fornari

Quel futur pour les seniors ?

Quel futur pour les seniors ? par Charline Fornari

La vieillesse est une étape de la vie qui n’a rien d’immuable. Être vieux aujourd’hui est bien différent qu’être vieux il y a un siècle ! Du système de retraite aux avancées de la médecine en passant par le rôle de la famille ou encore la perception de la vieillesse par la société, tout a subit d’extraordinaires mutations. En 2050, un tiers des français aura plus de 60 ans contre une personne sur cinq aujourd’hui. Comment cela va-t-il influencer la société ? Les technologies révolutionneront-elles le quotidien des personnes âgées et le regard porté sur eux ? Projection.

Juliana Antero-Jacquemin : « Nous ne croyons pas à l’augmentation de la durée de vie maximale »


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L’immortalité est-elle pour demain ? En France, l’espérance de vie à la naissance est passée de 66 ans en 1950 à 82 ans aujourd’hui. En 2010, on dénombrait en France pas moins de 15 000 centenaires, soit 13 fois plus qu’en 1970. De bonnes conditions de vie associées à des progrès toujours plus révolutionnaires en médecine nous laissent donc espérer une longévité grandissante. Pourrons-nous vivre un jour jusqu’à 150 ou 200 ans ? Le corps humain a-t-il ses limites ? Vivrons-nous plus longtemps en bonne santé ou plus longtemps dépendants ? Réponses avec Juliana Antero-Jacquemin, chercheuse au laboratoire de l’Institut de Recherche bio Médicale et d’Epidémiologie du Sport à l’INSEP.

La durée de vie de l’être humain semble augmenter sans cesse. Aura-t-elle une limite un jour ?
Nous ne pouvons pas savoir ce qu’il se passera dans le futur mais en prenant en compte les conjonctures actuelles, nous avons étudié les tendances actuelles des supercentenaires (des personnes ayant atteint ou dépassé l’âge de 110 ans, ndlr) pour justement déterminer les tendances futures. En comparant leur de durée de vie avec celle d’un autre groupe de personnes vivant plus longtemps, les athlètes des Jeux Olympiques, qui vivent en moyenne 7 ans de plus que la population générale, nous avons observé une tendance à la stagnation de la durée de vie maximale.

Selon vous, l’être humain ne pourra donc pas vivre un jour jusqu’à 150 ans ?
Non. Malgré toutes les améliorations que nous avons observées dans les populations depuis le début du 20e siècle, il semble très difficile de dépasser la limite actuelle, celle de Jeanne Calment qui a vécu 122 ans. Quand on prend en compte tous les contextes actuels, la décroissance économique, la résurgence des maladies infectieuse (Ebola, HIV…), l’augmentation des maladies chroniques (cancer, diabète…), les ressources annuelles de la planète épuisées de plus en plus rapidement ou encore la pollution, tous ces aspects néfastes font que nous ne croyons pas à l’augmentation de la durée de vie maximale malgré l’amélioration de l’espérance de vie.

Nous vivrons plus longtemps mais serons-nous des personnes âgées en bonne santé ?
La décroissance physique se fait en fonction de l’âge. Donc plus nous vivrons longtemps, plus nous ressentirons cette décroissance. Le vieillissement est lié à la limite de nos fonctions biologiques. On peut espérer des espérances de vie qui atteindront des valeurs de plus en plus importantes mais, par contre, on ne peut pas dissocier un âge plus élevé et l’augmentation de nos limites. Il est possible d’atteindre des âges avancés en bonne santé mais à 100 ans on ne peut pas être en bonne santé comme lorsqu’on est en bonne santé à 50 ans. Notre bonne santé à 100 ans sera forcément différente.


Le vieux sera-t-il encore un paria de la société ?


© Martin Bureau / AFP

© Martin Bureau / AFP

Le nombre de personnes âgées va croissant en France. En 2050, un tiers de nos compatriotes aura plus de 60 ans. Si notre société actuelle n’a pas une image positive des seniors, en sera-t-il de même lorsque les tempes grisées foisonneront ? Demeureront-ils plus exclus et discriminés que la génération des 30 – 50 ans ? Comment la société organisera-t-elle cette transition démographique qui s’apprête à impacter considérablement l’emploi et le système de protection social que l’on connait ?

Considérés comme moins adaptables et aux salaires trop élevés, les cinquantenaires souffrent de discriminations à l’emploi alors même qu’on leur demande aujourd’hui de travailler plus longtemps. « La question du vieillissement de la population et de l’augmentation du nombre de retraités, qui va peser quasiment pour 100% de la population, pose la question de l’emploi des seniors », expose Hélène Xuan, économiste et déléguée générale de la Chaire « Transitions démographiques, transitions économiques » de Paris – Dauphine. « Il y a un double défi pour la France : augmenter les taux d’emploi des seniors et en même temps éviter de creuser le taux de chômage », poursuit l’universitaire co-auteur, avec Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur, de l’essai à paraître le 3 février, France, le désarroi d’une jeunesse. Parmi les propositions constructives de cette étude, celle du maintien du taux de formation des 50 – 57 ans. « Il y a une chute de l’accès à la formation entre 50 et 57 ans. Pour permettre aux actifs de continuer à travailler jusqu’à 62 ans, nous estimons qu’il faudrait maintenir ce taux de formation durant cette période charnière ». De là à imaginer trois générations sur le même banc universitaire, il n’y a qu’un pas ! Exit l’image du « réac » qui n’apprend plus rien, les frontières qui délimitent les rôles et les fonctions générationnels pourraient ainsi devenir plus floues. « Une grande campagne de communication sur l’image des seniors pourrait valoriser, auprès des entreprises, l’expérience des plus de 50 ans, leur ancienneté, leur potentiel et faire naître ce changement sociétal », propose Hélène Xuan. Une initiative gouvernementale qui a largement porté ses fruits en Finlande il y a près de 20 ans ! Travailler plus longtemps influencera-t-il l’image que la société porte sur les seniors ? « La manière dont on évoque les personnes âgées sera sûrement différente. Comme on travaillera plus longtemps, on sera retraités plus tard et donc considérés comme des seniors encore plus tard », suppose Benjamin Zimmer, directeur de la Silver Valley. Logique.

Vers un nouveau système de protection sociale ?

Mais aurons-nous la chance de goûter un jour à l’oisiveté méritée dont jouit un retraité ? Force est de constater que la jeunesse d’aujourd’hui, retraités de demain, est plutôt désenchantée à ce sujet. Érigé pendant les Trente glorieuses, le système de protection social actuel connait bien des difficultés face au vieillissement massif de la population. « La défiance de la jeunesse actuelle est en grande partie fondée. La promesse que le système a tenu pour leurs parents, ne le sera clairement pas pour les jeunes générations », annonce sans ménagement Hélène Xuan. « Si les taux de croissance, faibles, se maintiennent, il y aura un décrochage du niveau de vie entre les retraités et les actifs à l’horizon 2030 », analyse-t-elle. Traduction : les actifs financent aujourd’hui un système, qui permet d’assurer aux retraités actuels la parité de revenus, et doivent, pour cela, travailler plus longtemps. Mais lorsqu’eux même seront retraités, leur niveau de pension sera réduit. Soupir. « Pour combler les pertes du niveau de vie relatif des actifs actuels, qui seront retraités demain, nous proposons de constituer une épargne retraite obligatoire dont le fond serait en partie constitué par les retraités d’aujourd’hui », déclare Hélène Xuan. En considérant que la génération actuellement à la retraire a eu la chance de bénéficier de la période de croissance des Trente glorieuses, de conditions très favorables d’accès à l’immobilier (70% des retraités sont propriétaires) et d’un système de retraite qui leur assure la parité du niveau de vie, « elle pourrait abonder en partie un fond d’épargne retraite obligatoire en faveur de l’ensemble des jeunes générations ». Pas sûr que la proposition fasse l’unanimité…

Parce qu’ils le valent bien…

Bien que le niveau de vie des futurs retraités risque d’être affaibli, cette génération sera sans doute un levier de croissance économique pour la France. Le secteur du service à la personne et les marchés spécifiques aux séniors explosent déjà ! Pour les entreprises, pas question de laisser passer entre les mailles du filet les populations âgées. Le marketing sera repensé pour atteindre, sans stigmatiser, les consommateurs de plus de 50 ans. « Des groupes comme Carrefour, Auchan ou Darty, réfléchissent de plus en plus à leur packaging de produits. Au-delà de la dimension du développement durable, ils se rendent compte qu’il va falloir intégrer le déclin des paramètres sensoriels des seniors dans leur approche marketing », révèle Benjamin Zimmer. Les personnes âgées du futur seront donc davantage intégrées à la société de consommation. Connectées depuis leur plus tendre enfance, elles s’adapteront aussi plus facilement aux innovations technologiques et vice-versa ! Terminé le temps du décrochage, les seniors du futur resteront à la page.


Miss Daisy et son robot, la technologie au service des seniors

Souvenez-vous, dans le film Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis, le père de Marty McFly, octogénaire, se tenait debout sur un appareil en lévitation lui permettant de se déplacer malgré son grand âge. Un gadget futuriste à l’époque mais qui pourrait bien faire partie des innovations technologiques qui révolutionneront la vieillesse de demain. Robots, capteurs intelligents, voitures autonomes, les innovations qui s’annoncent vont changer le quotidien des séniors du futur.

La maison du futur se dessine déjà et elle sera connectée. Votre arthrose vous fait souffrir ? Restez confortablement installé et commandez vos luminaires, votre chauffage ou encore la fermeture de vos volets à distance. Les objets vous obéiront au doigt et à l’œil. Il suffira de demander à son aspirateur de nettoyer les sols de l’étage tandis que votre tondeuse, programmée, n’attendra même pas un mot de vous pour tondre la pelouse. Une innovation nous fait même entrevoir la commande non plus orale mais par la pensée. Un casque, capable de capter les signaux cérébraux, permet déjà de contrôler un fauteuil roulant par la pensée.

Sachez aussi que, dans le futur, la communication ne se fera pas à sens unique. Vos objets partageront avec vous chaque parcelle d’information qu’ils auront collectée en fonction de leur utilité. Vous ne serez donc pas surpris de vous prendre une gueulante par votre boîte de médicaments parce que vous avez retardé de cinq minutes votre heure de prise habituelle. Des capteurs sensoriels intelligents surveilleront le bon fonctionnement de votre électro-ménager, analyseront l’eau qui coule de votre robinet et l’air qui entre par vos fenêtres. Ils pourront évidemment détecter les fuites de gaz et les incendies et préviendront en fait tous les risques sanitaires possibles.

Mais la plus grande révolution sera celle de la démocratisation des robots. Il semblerait que les films de science-fiction Matrix, Terminator ou encore I robot n’aient pas réussi à réfréner ingénieurs et investisseurs. Depuis plusieurs années, des dizaines de projets émergent dans la robotique humanoïde. Conçus comme de véritables aides à domicile à destination des personnes âgées ou handicapées, ces robots pourront s’avérer utiles, voire indispensables, pour absolument tout le monde. Les experts prédisent d’ailleurs que le marché des robots explosera et deviendra aussi important que celui de l’automobile ! Outre les corvées ménagères telles que la lessive, la vaisselle ou le rangement, votre robot, capables d’accomplir bien des tâches, vous rappellera vos rendez-vous, trouvera vos clés égarées, vous donnera le bras pour descendre les escaliers, promènera Médor, etc, etc.


Si l’intelligence artificielle n’est pas encore pour tout de suite, on trouve déjà dans certaines sociétés japonaises et françaises, les leaders du secteur, des prototypes aptes à converser avec l’Homme. Connectés, ils peuvent aborder des sujets d’actualités politique ou sportive par exemple ou simplement faire la conversation et parler de la pluie et du beau temps. Votre robot sera donc un compagnon anti-solitude avec lequel vous pourrez même enchaîner les parties enflammées de Scrabble. Multifonction, il s’attachera aussi à veiller sur vous avec la plus vive attention, prêt à contacter les secours en cas de chute et pourquoi pas vous apporter les premiers soins. Et en parlant de santé, sachez que des outils de télé assistance sont d’ores-et-déjà en développement. Plus besoin de patienter dans la salle d’attente à cause d’une toux étrange, il vous suffira consulter en ligne votre médecin traitant qui vous fera sans doute livrer un sirop par drone.

Besoin tout de même d’un peu d’air frais ? Aucun problème, il vous suffira d’utiliser un robot d’assistance à la marche, un genre d’exosquelette à enfiler qui vous soutiendra dans chacun de vos mouvements. Si d’aventure vous préférez utiliser un fauteuil roulant, celui-ci, dirigé par la pensée (vous suivez ?), sera léger, tout terrain et muni d’un petit panneau solaire (ou pourquoi pas d’une éolienne pour le fun). Autrement, il vous restera une autre innovation en devenir, la voiture autonome. Elle arrivera de manière progressive sur le marché car il faudra réformer certaines lois pour les autoriser dans le trafic urbain mais, si nous nous projetons loin, on peut aisément imaginer qu’elles deviennent monnaie courante. Votre voiture viendra donc à vous, seule, vous ouvrira ses portes, automatiquement, et vous pourrez alors vous installer confortablement dans un espace agencé tel un salon avec écrans et bien-sûr wifi du futur.

Confort, mobilité, sécurité et communication, les technologies nous proposeront à l’avenir d’innombrables solutions adaptées aux désagréments de l’âge. La vieillesse du futur sera plus douce ou ne sera pas. Réponses dans quelques décennies.

Benjamin Zimmer : « L’enjeu est d’améliorer la qualité et le confort de vie des seniors »

OLYMPUS DIGITAL CAMERABenjamin Zimmer est directeur de la Silver Valley, l’écosystème francilien d’entreprises spécialisées dans les thématiques liées au vieillissement de la population. Il répond à nos questions concernant le futur de nos seniors.

Quelles sont les nouvelles technologies qui s’apprêtent à révolutionner la vie des seniors? S’adresseront-elles finalement à toutes les populations ?
Ce ne sont pas uniquement des technologies qui vont venir, ce sont toutes les problématiques de notre société, face aux enjeux du vieillissement, qu’on va de plus en plus prendre en compte, à travers les entreprises, le quotidien des personnes âgées, etc. Ça ira de l’aménagement des rayons dans les supermarchés jusqu’aux robots qui feront votre vaisselle, votre ménage et vous aider chez vous en envoyant par exemple des informations aux personnels de santé sur leur smartphone. Et oui, ces technologies pourront s’adresser à tous. Quand les ingénieurs de Toyota ont imaginé le radar automatique pour reculer votre voiture, il était destiné aux personnes qui ont du mal à se retourner dont les personnes âgées. La logique est de concevoir des solutions qui vont répondre aux usages seniors sans pour autant stigmatiser ces usages et au contraire les rendre accessibles à tous. Industriellement, ça revient à dire qu’on ne va plus travailler sur des marchés de niche mais sur des marchés de masse. On connait la logique économique, on sait que plus l’entreprise produit, plus elle peut réduire ses coûts et donc au final, le produit sera moins cher.

Les séniors seront indépendants plus longtemps grâce aux nouvelle technologies, est-ce qu’on peut imaginer qu’ils ne seront plus obligés d’aller en maison de retraite?
Ça fait partie des objectifs, leur donner plus de vie à leurs années, plutôt que l’inverse. L’enjeu est d’améliorer leur qualité et leur confort de vie tout en leur permettant de rester le plus longtemps possible dans la maison qu’ils ont construits, généralement sur des années, et dans lesquelles ils ont vu leurs enfants grandir. Oui, l’enjeu est qu’ils puissent bien y vivre, et, pourquoi pas, y mourir.

Les seniors du futur auront toujours vécu connectés, est- ce qu’on peut dire que l’isolement et la solitude vont disparaitre?
Tout dépend ce qu’on appelle communiquer. Je ne suis pas sure qu’aujourd’hui parce qu’on est inscrit sur des réseaux sociaux, on soit moins isolé socialement. Beaucoup de trentenaire sont isolés parce qu’ils sont happés par la technologie. Ils oublient de sortir, d’aller dans des cafés, dans les musées ou au cinéma. On peut essayer d’apporter du lien avec les technologies mais ce ne sera qu’un moyen de substitution pour les fois où on sera incapable de l’apporter physiquement.