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Vieillir en 2016, c'est grave ?

Écrit par la rédaction de Respect mag

Les seniors font de la résistance

Les seniors font de la résistance par la rédaction de Respect mag

« Regarde-toi, un peu, tu n’as pas honte, à ton âge, d’être si jeune ? » (*). Les vieux ne sont plus ce qu’ils étaient. On les croit isolés, has been, chers ou fatigués… Si certains sont plus dépendants (et créateurs d’emploi, par défaut), d’autres sont au contraire surinvestis dans les affaires sociales et économiques. Qui sont ces nouveaux seniors que nous ne pourrons plus ignorer ? Quelles réponses trouver aux enjeux de leur âge ? Nous sommes allés les rencontrer. Dans des associations, des syndicats, des entreprises… De 50 à ou 80 ans, ils sont concernés par les enjeux écologiques de la planète ou le chômage… des jeunes. Estelle Le Touzé nous parle de Grands-parents pour le climat, dont elle est co fondatrice, et Dominique Thierry, président de France bénévolat, Guy Mariaud, président de Seniors entrepreneurs et Ralph Habadou, auteur de S comme seniors, Il y a de l’or dans senior sont venus témoigner de l’énergie, la créativité et optimisme des plus de 60 ans. Et de la prise de conscience collective à laquelle nous devrons souscrire, en passant de l’inter-génération à la cogénération. En paroles et en actes, puisque « l’avenir passe par les seniors ». (**) Et en bonus : ces seniors qui ont rencontré le SKI, pratique iconoclaste venue d’outre-Atlantique et qui consiste à céder au plaisir de consommer… l’héritage des enfants !

(*) Monsieur Malaussène de Daniel Pennac, 1995.
(**) S comme seniors, Ralph Habadou, First éditions, 2014.


Grands-parents et écolo, le militantisme n’a pas d’âge

IMG_4826Loin de n’appartenir qu’aux jeunes, l’engagement associatif interpelle la génération des seniors. Avec plus de temps libre, de moyens, d’expériences et de contacts, les seniors sont les militants rêvés pour faire bouger les lignes en faveur de grandes causes citoyennes. Ces retraités activistes sont plus déterminés que jamais à faire évoluer les choses pour léguer un monde meilleur. Préoccupés par les défis écologiques, certains se sont regroupés dans une association qui revendique haut et fort : « Après nous, pas de déluge ! ». Entretien avec Estelle Le Touzé, 70 ans, grand-mère de cinq petits-enfants et co-fondatrice de Grands-parents pour le Climat.

« Grands-parents pour le Climat » est un réseau associatif international qui a émergé en Norvège en 2006.

Après l’engagement de grands-parents originaires de sept autres pays, vous créez en juin 2015 la « branche » française. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce concept ?
Ça avait une certaine pertinence. Je ne parle même pas de la bataille en faveur du climat, ça c’est évident, j’étais déjà convaincue. Je parle de cet angle « grands parents » et relation intergénérationnelle. Un senior peut décider de rester dans sa bulle et puis point, il se dit qu’il a tous les droits. J’ai 70 ans et croyez-moi c’est un discours que j’entends beaucoup. On a des droits mais on a aussi des devoirs, des responsabilités. Nous sommes des citoyens. En tant que tels, ayant une descendance ou pas, nous avons une responsabilité et devons apporter notre contribution dans cette bataille.

Que ce soit des grands-parents qui apportent ces messages, qu’est-ce que ça change ?
Nous nous sommes rendus compte que dans notre catégorie d’âge, cette question de l’écologie est relativement peu portée. En prenant cet angle d’entrée, celui de la responsabilité générationnelle, c’est une façon d’attirer l’attention. Ça marche ! Nous sommes des têtes grises, nous avons des petits-enfants et une image plutôt positive. Que l’on se préoccupe de cette question n’est pas rassurant pour ceux qui nous entendent. Ils se disent : « Mince, ça doit vraiment être grave. Je devrais peut-être faire quelque chose ». En tant que modeste et toute jeune institution, on s’est beaucoup impliqué dans l’action de la société civile pendant la COP 21. Nous avons donné une visibilité particulière à une catégorie de personnes qui lançait un signe par leur présence et leur prise de parole. C’est un acte volontaire de distinction positive, si je puis dire.

Avez-vous le sentiment que le réchauffement climatique est l’héritage de votre génération ? Votre génération a-t-elle un sentiment de culpabilité ?
Nous essayons autant que possible de ne pas nous inscrire dans la culpabilité. A l’époque nous avons subi, positivement ou négativement, un choix général. Alors, on pourrait s’enfermer là-dedans, se dire qu’on a vraiment été des salopards. Mais nous devons regarder vers le futur et comprendre que ça devient difficile pour les générations qui vivent aujourd’hui et que ça le sera encore plus pour celles qui vont arriver. On n’est pas coupables, on est responsables.

« Peut-on entendre qu’il y a des façons plus économes et plus partageuses de vivre tout en économisant sur notre empreinte écologique ? Oui, c’est possible ! »

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Est-ce naturel pour votre génération de s’engager ? Que dites-vous à ceux qui s’intéressent à Grands-parents pour le climat ?
Une grande partie de notre génération n’a jamais milité pour quoi que ce soit donc on essaie d’entraîner des gens sans leur foutre la trouille. On apporte beaucoup d’éclairage. On relaie des initiatives, comme la petite campagne de Newmanity, qui invite chacun à supprimer 30 mails inutiles stockés dans sa boite, ce qui équivaut à économiser l’énergie d’une lampe basse consommation allumée pendant un mois. On leur dit d’adhérer à un panier de légumes bio ou d’offrir à leur petit-fils de 15 ans une part de 100 euros dans un investissement durable et d’échanger avec lui autour de ça. On déroule le fil pour qu’ils comprennent que le point de départ, c’est la consommation. Peut-on se questionner sur nos modes de vie? Oui ! Peut-on entendre qu’il y a des façons plus économes et plus partageuses de vivre tout en économisant sur notre empreinte écologique ? Oui, c’est possible ! Il ne faut pas avoir peur de l’énormité du sujet, nous sommes une petite fourmi mais une fourmi qui a de l’impact, à condition de se mettre en mouvement.

Envisagez-vous des actions directes comme on a pu en voir aux États-Unis et au Royaume-Uni où des seniors engagés dans « Grands-parents pour le climat » ont occupé des entreprises ou des banques avant de se faire embarquer par la police ?
La question s’est posée. On a été invités à faire partie des « vols de chaises » pendant la COP21. Mais on s’est dit qu’on pouvait occuper d’autres espaces en France. Comme l’interpellation des politiques. Et croyez-moi on va le faire au moment des primaires. Nous avons choisi de ne pas prendre position pour tel ou tel parti politique. Par contre, nous sommes fondamentalement politiques.

Vous êtes plutôt bien présents sur le net…
Nous avons déjà 70 adhérents et tout un réseau de sympathisants qui reçoivent notre newsletter mensuelle. Notre page Facebook est assez dynamique, il y a beaucoup d’échanges, beaucoup de partages, j’en suis assez fière. Et puis, nous sommes en train de travailler sur un site internet. Ce n’est pas facile. Nous souhaitons qu’il soit un lieu où chacun pourra faire des propositions et s’impliquer.

« On veut montrer à la jeunesse que tant que nous sommes sur cette foutue planète, nous avons notre part à apporter ! »

Vous faisiez partie de la société civile durant la COP21 et vous soutenez les associations engagées contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Quel est le prochain projet de « Grands-parents pour le climat » ?
Développer des partenariats. On en a eu avec Alternatiba pendant la COP21 puis avec Énergie Partagée, une association qui incite les seniors à investir dans des projets d’énergies renouvelables. En 2016, nous prévoyons de choisir une journée et la travailler avec l’ensemble du réseau international, sur une thématique comme les déchets par exemple. Vous savez, on n’a rien à perdre à bouger ! Considérons que, nous, au bout de notre vie, nous avons tout à gagner à être porteur d’espoir avec les générations qui nous suivent. Et puis, c’est aussi une manière de se projeter, de dépasser notre mortalité, transcender la mort en quelque sorte. La jeunesse n’est pas obligée d’être complètement paralysée dans son futur. On veut lui montrer que tant que nous sommes sur cette foutue planète, nous avons notre part à apporter ! On réussira ou pas, on n’en sait rien, on y va !

Propos recueillis par Charline Fornari

Les seniors sur le ring


Les seniors ont encore leur mot à dire, et 3 hommes sont là pour le souligner. 3 témoignages aux parcours divers : Dominique Thierry, président de France Bénévolat, qui exalte l’engagement dans les réseaux associatifs des seniors. Guy Mariaud, président de Seniors entrepreneurs, a la même opinion qu’il entend décliner dans le monde de l’entreprise. Et Ralph Hababou, qui marie les deux dans un bel essai qui vante l’énergie de ses seniors, dans un optimisme de fer.
 
 
 

Conseiller d’entreprises et vice-président de France Bénévolat, Dominique Thierry témoigne, pour Respect mag, de la prise de conscience collective que doit susciter l’intergénérationnel. En nous fournissant un constat amer.

Pouvez-vous nous présenter Solidages ?
Solidages est un réseau de solidarité intergénérationnelle. C’est un programme que nous avons créé en 2011. Ce programme a plusieurs pieds : nous accompagnons des associations qui démarrent des projets intergénérationnels et interassociatifs, au rythme d’une cinquantaine de projets, en partenariat avec la fondation SNCF. Et puis, progressivement, nous avons travaillé sur la sensibilisation, notamment via notre site web où nous valorisons un certain nombre d’expériences. Nous avons réalisé un petit film intitulé Nous sommes tous le vieux de quelqu’un, que nous utilisons lors d’actions locales de sensibilisation.

Quel constat vous a poussé à mener ces actions ?
J’ai souvent été amené à constater, au sein de l’association France Bénévolat, qu’il y avait une coupure intergénérationnelle en France plus forte que dans d’autres pays développés. La vocation de France Bénévolat est de faire la promotion de l’engagement dans le bénévolat associatif au service d’une citoyenneté active. Nous cherchons donc à relier ce sens de l’engagement avec l’intergénérationnel, qui est un problème sociétal majeur. Le vivre-ensemble doit être avant tout du faire-ensemble. « Faire avec » plutôt que « Faire pour ».

Quel doit être le rôle des associations dans l’intergénérationnel ?
Nous avons fait un certain nombre d’études, où nous avons très vite vu que la France a accumulé beaucoup de retard, 15 ans si on se réfère à notre voisin allemand. Deux acteurs se concentrent un peu plus sur le sujet : les collectivités territoriales, qui sentent qu’il faut faire quelque chose. Les associations travaillent aussi, pas forcément avec la meilleure approche, et parfois de façon condescendante, mais elles travaillent. Les associations se situent plutôt dans le sens du « faire pour » que dans le « faire avec », qui est notre façon de voir les choses.

L’État alloue-t-il des moyens à l’intergénérationnel ?
De notre point de vue, son approche n’est pas la bonne. En 2013, nous avons fêté l’année européenne de la solidarité intergénérationnelle. J’étais l’invité d’un colloque, accompagné de trois secrétaires d’État. Le premier a parlé démographie, le second nous a parlé d’économie en nous disant que ça allait coûter de plus en plus cher, et le troisième a tenu un vague discours sur le fait que le durcissement des conditions de retraite allait régler le problème. Ils parlaient des vieux avec une connotation complètement mortifère, c’était fou. Lorsque j’ai été invité à prendre la parole, j’ai décidé de parler des jeunes, et ils étaient surpris parce qu’ils avaient complètement oublié leur existence ! L’approche de l’État sur la question est très jacobine, très « faire pour ». L’État devrait pousser la dynamique au lieu de vouloir dire ce qu’il faut faire.

Président de l’association Seniors entrepreneurs qui accompagne des seniors chômeurs comme des cadres, Guy Mariaud dresse un état des lieux de la situation des seniors dans l’emploi. Et développe pour nous un nouveau mot : le « co-générationnel ».

A quel âge est-on considéré comme senior ?
En ce qui me concerne, pour moi c’est 50 ans. L’INSEE dit que ça se situe à 45 ans, mais je ne retiens pas cette donnée, dans la mesure où, à 50 ans vous avez droit à trois ans de chômage, alors qu’avant vous n’en avez droit qu’à deux.

Est-il vrai, comme le dit l’essayiste Ralph Hababou, qu’à 50 ans commence la « troisième mi-temps » de nos vies ?
Bien sûr, on peut aller très facilement de 50 à 70 ans. Il ne s’agit pas du tout de pleurer sur les plus de 50 ans, mais de leur permettre de rentrer à nouveau dans la vie économique et sociale du pays, en tant que co-entrepeneurs plutôt que comme salariés. Ils peuvent devenir salariés dans un deuxième temps, mais nous tenons d’abord à ce qu’ils proposent leurs compétences dans le cadre d’une démarche de co-entreprenariat, pour vite les remettre dans le chemin de l’activité.

En résumé, vous dites que les seniors peinent trop à trouver un travail et que c’est à eux de prendre leur destin en main…
C’est une évidence. Quand vous avez plus de 50 ans, vos chances de retrouver un job sont infimes, à hauteur de 10 % dans le meilleur des cas. Plutôt que de chercher à tout prix à avoir un salaire, il vaut mieux s’associer avec les compétences et l’expérience que l’on a, à un créateur ou un repreneur qui se rend parfaitement compte des compétences qui lui manquent, et qui serait tout à fait ouvert pour faire entrer dans son capital un senior comme associé, même symboliquement.

Quels sont les freins qui empêchent les entreprises à embaucher des seniors ?
Si les entreprises se rendaient compte que les seniors avaient un potentiel d’expérience et de compétences, elles ne les licencieraient pas. Dès qu’il y a un plan social aujourd’hui, on commence d’abord par éliminer tous les seniors.

Quelles sont les actions de Seniors entrepreneurs à venir ?
Nous comptons créer un maximum de délégations de notre association en France, afin que le mariage entre générations puisse se faire dans les meilleures conditions. Plus ce concept de co-générationnel se développera, plus les gens seront sensibilisés à cette démarche. Et petit à petit, au fur et à mesure que les choses avanceront, on aura plus besoin de moi (rires).

Auteur du livre Il y a de l’or dans Senior, l’essayiste et conférencier Ralph Hababou donne un beau coup de jeune à une génération de seniors trop stigmatisée. Un livre rafraîchissant, des propos pertinents.

La France néglige-t-elle trop ses seniors ?
Oui, et de deux façons. Premièrement, en tant que client, le senior est un peu ignoré, voire méprisé. On se dit qu’à part des charentaises ou des produits pour grand-mère, il va rien acheter. C’est la première erreur. La seconde, c’est qu’on les néglige encore plus dans le monde de l’entreprise. Il y a un certain nombre de lois qui font qu’à partir de 40/50 ans, on se demande un peu comment on va se débarrasser des seniors. Je considère que c’est une erreur totale, car on se rend compte que c’est à partir de 50/55 ans que les gens ont une maturité, de l’expérience, un carnet d’adresses, qu’ils sont en pleine possession de leurs moyens.

Est-ce que l’avenir passe par les seniors ?
Dans les années 70, quand on prenait sa retraite, il nous restait entre 5 et 7 ans à vivre. 72 ans était l’âge maximum d’espérance de vie. Aujourd’hui, on considère qu’au moment où quelqu’un part à la retraite, il lui reste entre 25 et 35 années de vie. La question, c’est qu’entre ces 25 et 35 ans de vie, on ne va pas juste s’occuper à jouer aux cartes ou faire des lotos. Ces gens-là ont du talent, ils veulent l’utiliser. Il faut changer notre regard sur les seniors, et pour deux raisons : ils vivent plus longtemps, et ils représentent 22% de la population française, et 54% des dépenses des ménages. Ils ont le pouvoir d’achat, il s’agit maintenant de leur donner du vouloir d’achat.

La vie est-elle plus sereine après 50 ans ?
Croire que tout est réglé après 50 ans, c’est faux. Aujourd’hui, à 25 ans, les jeunes cherchent du travail, ont du mal à se loger, vivent encore chez leurs parents, dont ils doivent parfois s’occuper. Après 50 ans, la vie devient complètement différente, mais il y a toujours un grand besoin de consommer lié à la vie économique et sociale « active » de ce pays.

Pouvez-vous nous développer ce terme de « génération sandwich » que vous utilisez dans votre livre ?
On parle beaucoup des « baby-boomers », cette génération née entre 45 et 54. Cette génération est bénie des dieux, elle a vécu beaucoup de grands événements de la vie de notre pays : Mai 68, des CDI sans chômage, la libération sexuelle sans le SIDA, l’avortement, les couches-culottes. C’est aussi la première génération qui est confrontée au vieillissement de leurs parents. Auparavant, les parents décédaient vers 60/65 ans, on était donc plus libres en quelque sorte. Cette génération est confrontée à ses propres parents, mais aussi à ses enfants dont elle a bien souvent la charge. Tout cela m’a poussé à utiliser le terme de « génération sandwich ».

Y a-t-il une façon de bien vieillir ?
Le vieillissement, ce n’est pas une fatalité, mais un style de vie. Faire du sport, se maintenir en forme, rester ouvert aux nouvelles technologies. Il y a un vrai défi de cette génération des seniors, que je mets en valeur dans une partie de mon livre intitulée Bravo les vieux. Avant, vous épargniez toute votre vie, et vous mourriez à 72 ans, et votre patrimoine était transmis à vos enfants. Aujourd’hui, on constate que les seniors qui vivent longtemps consomment tout leur patrimoine, dépensant leur argent pour se payer leur résidence retraite. On ne sait pas, en définitif, ce que va être le vieillissement de cette génération du « Baby-boom », mais on est certain qu’elle se prépare à vivre différemment cette vieillesse. C’est une génération très créative.

Do you SKI ? Histoire d’argent et autre héritage

Depuis quelques années, analystes et journalistes anglophones questionnent les nouveaux modes de vie des retraités issus du baby-boom. Consommation, relations familiales, beaucoup mettent en avant un nouveau mode de pensée, le SKI, soit « Spend your Kids Inheritance ». Traduction : dépenser l’héritage des enfants.

Lorsqu’on s’intéresse à la question, en tapant « Spend your Kids Inheritance », puis sa traduction française sur un moteur de recherche, les résultats sont multiples. Ils datent de 2011 à 2015 pour la plupart, et surtout sont des publications anglo-saxonnes. Le Daily Mail, le New York Times, le LA Times, voire même le québécois francophone La Presse, mais pas de traces de ce terme ou d’un équivalent chez les Français.

« Ça ne se dit pas en France, parce qu’on a une culture du legs »

Pour Jérôme Pigniez, du site Silvereco.fr, « ça ne se dit pas en France, parce qu’on a une culture du legs. En plus, le patrimoine est largement taxé et aujourd’hui beaucoup de personnes âgées privilégient des héritages peut-être plus bas, mais dans le but de maintenir leur autonomie physique et financière plus longtemps. C’est-à-dire mettre de l’argent de côté aussi pour payer l’aide à domicile ou la maison de retraite ». Des causes donc plus pratiques.

Pour autant, le spécialiste de la Silver économie n’exclut pas un effet génération du « baby-boom ». « Ce sont des personnes issues de la télévision, des loisirs. Ils ont connu les Trente Glorieuses donc ils sont habitués à dépenser et vont continuer à le faire, même si à 70 ans, on constate une baisse de la consommation des ménages. Après, un autre élément est à prendre en considération, les professionnels du marketing ne se sont pas encore lancés dans ce domaine, notamment parce que ce sont souvent des jeunes. Il y a tout à faire. Par contre, c’est un secteur qu’on ne pourra jamais faire marcher sans éthique ».

Bucket list, voyages ou voitures de sport

© Moerschy

© Moerschy

S’il est connu que beaucoup de retraités en France ont du mal à boucler leurs fins de mois, une proportion des baby-boomers peuvent se permettre de continuer à dépenser. Outre-Manche, le Daily Mail estimait qu’en 2010 les retraités avaient dépensé 535 millions de livres dans les voyages, ou encore 344 millions de livres dans les restaurants. Que ce soit en Angleterre ou aux États-Unis, ils sont nombreux à expliquer leur envie de profiter de la vie. « Même si nous sommes retraités, nous ne voulons pas nous assoir sur un fauteuil et regarder le monde continuer de tourner. Nous voulons sortir et expérimenter ce que la vie a à offrir », expliquait Peter Marshall dans le Daily Mail, en 2011, alors qu’il était âgé de 70 ans. Partout dans ces médias franco-saxons, ce sont des incitations aux baby-boomers à bien vivre leur retraite, continuer à expérimenter, à faire des listes de choses à faire au moins une fois dans sa vie et surtout, voyager ! Oui, c’est bien le maître mot de ces chroniques dans de prestigieux quotidiens. Profiter des années de labeur pour enfin voyager et découvrir le monde. Au final, l’ère de la mondialisation est bien ouverte à tous. Si tous les jeunes aujourd’hui voyagent un peu partout, pourquoi pas les personnes âgées ? Quitte à moins laisser aux enfants, mais au final c’est quoi par rapport à des parents épanouis ?! Il serait temps de pouvoir en parler librement en France, non ?

Toute cette dévotion à la prochaine génération peut être aussi le poids de la bêtise. Après quelques dizaines d’années à bien dépenser les six chiffres à l’arrière et éduquer chaque enfant (et de plus en plus des années à aider des jeunes adultes qui ne sont pas encore tout à fait indépendants), les parents doivent probablement cesser de sentir ce sens de l’obligation. Il est mieux de dépenser l’argent de la retraite dans le présent en fabriquant des souvenirs significatifs avec les membres de sa famille […]

Ron Liber, dans le New York Times, le 19 septembre 2014