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Immigration : la France, terre d’accueil ?

Écrit par la rédaction de Respect mag

Quand l’art casse les murs

Quand l’art casse les murs par la rédaction de Respect mag

La rue comme terrain de débats et de réflexion. Depuis quelques années, le street art s’est invité dans les galeries, mais son rôle premier reste le choc des images et d’interpeller les citoyens. Pour deux artistes, EZK et Combo, les murs se sont transformés en moyen d’expression. Prôner le mieux vivre-ensemble, ils le font à coup de bombes, de collages et de jeux de mots avec un but : dénoncer l’absurdité de notre société.

Combo : « Les réfugiés ne sont pas des terroristes, ils ne viennent pas pour manger le pain des Français »

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© Roxanne D'Arco

Originaire de Paris, Combo se concentre sur le détournement d’éléments (symboles, jeux, artistes) connus de tous pour en modifier le sens et transmettre son message. Au fil des années et des collaborations, il s’est de plus en plus impliqué dans des thèmes de tolérance et sur le savoir vivre-ensemble. Il en a profité pour coller ses œuvres dans les rues de Paris, mais aussi au Proche-Orient, en clamant haut et fort la paix entre les peuples (mais toujours avec humour !).

Vous avez réalisé des œuvres sur le thème des migrants, pourquoi ?
Mon travail depuis maintenant quelques années est inspiré par l’actualité, je veux m’attaquer à des sujets qui sont mal traités par les médias, biaisé.

En quoi cela s’inscrit-il naturellement dans vos « centres d’intérêts » ?
Je ne dirais pas que c’est un sujet comme un autre, mais il devient redondant depuis quelques années. Il est comme tous les sujets traités par les médias, biaisée.

Quel message souhaitez-vous faire passer de cette manière ?
L’objectif est de donner une autre lecture des choses, des faits, des mots que l’on lit partout. Dire « migrants », ça ne veut pas dire « réfugiés », je cherche toujours à critiquer tous les préjugés et les bêtises que les politiques ou les médias nous donnent. Les réfugiés ne sont pas des terroristes, ils ne viennent pas pour manger le pain des Français, ils ne viennent pas pour bénéficier des aides sociales, ils ne sont pas forcément musulmans.

« Il a fallu la photo de cet enfant mort sur une plage turque pour faire bouger les choses… »

Comment élaborez-vous et concrétisez-vous vos idées, notamment : « Je n’ai pas traversé la Méditerranée pour… » ? Est-ce une initiative que vous allez poursuivre ?
Ce sont pour moi comme des campagnes de pub, je les prépare à partir d’un sujet et je n’ai plus qu’à les décliner partout où je peux dans une ville. Cela donne une répétition et comme pour tout media cela me permet de s’inscrire dans l’esprit des gens.

Quel retour avez-vous de vos œuvres, surtout sur le thème des migrants ? Je pensais notamment à des images qui peuvent paraître « chocs » comme « mare mortuum » ? Comment vous l’avez élaboré ?
Comme toujours lorsque l’on parle de sujets importants. Les gens adhèrent, ils réalisent à quel point c’est important. J’ai réalisé le mare mortuum justement parce que nous ne voyons pas d’images de bateaux qui coulent en Méditerranée, on nous donne des chiffres, mais pas d’images. Au fond d’eux, les gens savent que c’est une situation grave, mais comme toujours, il faut une image pour faire levier à leur sentiment et que cela ait une implication politique. Il a fallu la photo de cet enfant mort sur une plage turque pour faire bouger les choses…

« Le terme « terre d’accueil » n’a plus de sens dans la période où nous vivons »

En général, vous avez des lieux de prédilection pour vos collages ?
Je cherche toujours un mur dans une ville qui est très passant. Transformer un piéton en spectateur n’est pas aisé. Alors je passe beaucoup de temps à faire des repérages de murs. Et forcement j’ai mes murs préférés à Paris, mais je ne vais pas les dire sinon d’autres me les piqueraient.

D’après vous, est-ce que la France est toujours une terre d’accueil ? Je pense que le terme « terre d’accueil » n’a plus de sens dans la période où nous vivons, dans laquelle les frontières de plus en plus sont ouvertes, où nous voyageons énormément… La vraie question est : « est-ce que un jour la France peut redevenir un pays qui contrôle ses frontières et choisir qui vient dans son pays. » Je pense que non.

Propos recueillis par Roxane D’Arco

A noter que Combo expose ses œuvres depuis le 9 janvier dernier et ce, jusqu’au 6 mars prochain, à l’Institut du Monde Arabe de Paris.

EZK : « Comment ne pas parler des différences de traitement entre tous les citoyens du monde ? »

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© EZK

EZK s’exprime grâce à ses pochoirs qu’il dépose sur les murs des rues parisiennes, françaises et dans certaines villes du monde. Souvent, le street-artiste évoque, dans ses œuvres, la pauvreté grâce à un message percutant, dans lequel il incruste le nom d’une marque détournée.

Pour quelles raisons défendez-vous les migrants, outre la pauvreté, dans vos pochoirs ?
C’est un sujet qui me touche particulièrement. J’ai toujours eu du mal à me faire à la notion de nationalité et d’appartenance à un sol. La libre circulation des personnes devraient être inscrite à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, afin d’être bien sûr que celle-ci soit respectée… Pour ce qui est de la défense des réfugiés, la question ne se pose pas pour moi. Comment ne pas parler de cela quand des drames se jouent partout dans le monde ? Comment ne pas parler des différences de traitement entre tous les citoyens du monde ? Comment ne pas évoquer la folie meurtrière d’une poignée d’individus entraînant l’insécurité la plus totale pour des millions de personnes ?

« Allier un emplacement où les gens passent à des visuels attirant pour l’œil est la formule que j’essaye d’appliquer pour mon travail »

Pourquoi l’art de rue est-il un bon moyen de défendre certaines positions, ou pour communiquer ses idées ?
La rue est par définition le lieu qui concentre la plus grande population. De plus, c’est souvent une population visuellement et intellectuellement disponible et de toute catégorie. Par conséquent, allier un emplacement où les gens passent à des visuels attirant pour l’œil est la formule que j’essaye d’appliquer pour mon travail.

Comment êtes-vous tombé dedans ? Comment le street art est-il venu à vous ?
Je ne sais pas vraiment. C’est le résultat de mon parcours. J’ai toujours été attiré et convaincu par l’art et sa puissance. Alors, à ma petite échelle j’essaye de m’exprimer en produisant au maximum de choses en adéquation avec les messages que je veux faire passer. Je m’exprime principalement à Paris comme à Saint-Germain-des-Prés, Montmartre, le Marais, La Butte-aux-Cailles. Mais ailleurs, également – Grenoble, Lyon Nantes, Bordeaux, la Rochelle, ainsi qu’à Bruxelles, Amsterdam, New York.

Propos recueillis par Philippe Lesaffre

Découvrez ses photos sur son compte Instagram.

Julie Bertuccelli : « Mon film ne changera pas le monde mais il montre à travers ces classes d’accueil, un exemple de bien vivre-ensemble »

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© Barsouk

Ils sont Irlandais, Chinois, Libyens, Sénégalais, Sri-Lankais… ils ont entre 11 et 15 ans et tous se sont retrouvés dans une classe d’accueil à leur arrivée en France. Pendant un an, Julie Bertuccelli a suivi ces adolescents dans cette classe cocon où ils apprennent à parler français, où ils livrent un petit bout de leur histoire, racontent l’exil… et surtout prennent le temps de s’acclimater à un nouveau pays et une nouvelle culture. Avec ce film, Julie Bertuccelli, la réalisatrice, déconstruit les clichés sur l’étranger, offre une grosse bouffée d’espoir et montre que le vivre-ensemble n’est pas une utopie. La réalisatrice de Cour de Babel revient pour nous sur cette année exceptionnelle que vivent ces primo-arrivants, une année qui signe leur renaissance et qui font d’eux « des frères et des sœurs » comme le dit l’une des élèves dans le film.

Le titre du film fait référence au mythe de la Tour de Babel dans lequel Dieu punit les Hommes de leur vanité, en mettant fin au langage unique par la création de plusieurs, éparpillés partout sur Terre. Votre film montre que la diversité des langages et des cultures est plutôt une richesse.
La diversité des langues et des cultures est bien évidemment une richesse qu’il faut absolument garder même s’il y a des langages à trouver en commun pour s’entendre et se comprendre. Il est très important que la France enseigne à parler le français aux étrangers qui arrivent en France afin de leur permettre d’être à égalité avec les autres dans ce pays. Il s’agit de trouver un juste équilibre à trouver entre la langue française et sa culture d’origine. C’est pas l’un sans l’autre ou l’un plus que l’autre. C’est l’un avec l’autre.

Que pensez-vous des discours hostiles à l’endroit des immigrés et des étrangers entendus dernièrement avec la crise des migrants ?
Les immigrés, les étrangers font partie d’un système dont on a besoin économiquement, démographiquement. Et puis nous avons besoin de nous nourrir de la différence. Il faut arrêter les stigmatisations et de montrer du doigt. Mon film ne changera pas le monde mais il montre à travers ces classes d’accueil, un exemple de bien vivre-ensemble entre des cultures, des religions et des pensées différentes. C’est possible. Bien sûr, cela ne signifie pas que la France est aussi accueillante en dehors de ces classes. Je ne vis pas non plus dans le pays des Bisounours mais il est important de temps en temps de montrer que c’est possible, que des structures fonctionnent bien.

« Une intégration réussie n’est pas liée aux étrangers mais à la manière dont on les accueille »

Les études montrent que peu de Français sont persuadés de l’impact positif de l’immigration contrairement aux Allemands.
Il faudrait que les politiques parlent des apports positifs de l’immigration en France, pour cela il faudrait qu’ils arrêtent d’avoir peur du FN… Ce que j’espère avoir montré avec ce film, c’est qu’une intégration réussie n’est pas liée aux étrangers mais à la manière dont on les reçoit, comme ce qui est fait dans ces classes d’accueil. Mais regardez ce qu’il se passe à Calais. Ne pourrait-on pas être juste plus humains, nous pourrions tous nous retrouver dans une telle situation. Ce sont des gens comme nous.

Votre film a été accueilli très positivement par la critique et le public. Vous en avez été surprise ?
J’ai été bouleversée par le succès du film et les débats organisés autour. Souvent ce genre de film attire un public déjà convaincu. Mais le film a été montré dans des écoles, des cités, dans des lieux où les gens ne seraient peut-être pas allés d’eux-mêmes le voir. Dès que l’on est dans du concret, dans la vraie vie, les regards changent. J’ai entendu des jeunes lycéens dire en sortant d’une projection que ces étrangers en classe d’accueil étaient « des héros », que leur apriori avait changé. Ces réactions sont très enthousiasmantes. Par ailleurs, le film montre que l’institution française a le mérite d’avoir ce genre de structures, c’est la preuve qu’il y a de l’espoir. Enfin, en mettant en valeur ce type de dispositifs, c’est aussi une façon de les protéger.

« Ces classes d’accueil permettent une intégration réussie »

Aujourd’hui, combien de classes d’accueil existent en France ?
Il y en a environ 800 en France, de la maternelle au lycée. Ce qui est très bien mais pas assez notamment dans les lycées surtout en filière générale. Et certaines villes n’en possèdent pas. Ces classes fonctionnent sur un nombre minimum de personnes étrangères, donc s’il n’y a pas « assez » selon l’Éducation nationale on n’en ouvre pas. C’est ce qui est arrivé à l’une des élèves du film. Elle et sa famille se sont installées à Verdun où il n’y a pas de classe d’accueil. Du coup elle en a souffert et a rencontré des difficultés à l’école.

Que deviennent les jeunes du film ?
Ces classes d’accueil, comme je me l’imaginais et comme me l’a confirmé la professeure de la classe, permettent une intégration réussie. Aujourd’hui, ces jeunes vont très bien. Deux sont partis de France, les autres poursuivent leurs études, en lycée général ou technologique. Ils parlent très bien le français. Ils se voient, des liens forts ce sont créés durant cette année. Une classe d’accueil inoubliable pour eux. Ces classes sont le creuset de leur renaissance en France.

Propos recueillis par Alexandra Luthereau

Bande-annonce de la Cour de Babel :

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