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Immigration : la France, terre d’accueil ?

Écrit par Mounir Belhidaoui

Quand la société civile remplace l’État

Quand la société civile remplace l’État par Mounir Belhidaoui

Le numérique porte une attention sensible à l’aide et à l’accueil des migrants. Des applications, outils et guides fleurissent, à l’attention de populations souvent délaissées et sans repère. Mais derrière ces innovations technologiques, il y a des hommes qui soutiennent humainement les migrants par le rôle qu’ils tiennent au sein d’organismes et d’associations reconnus. Respect mag vous guide avec quelques outils, et laisse la voix à des personnalités disponibles et généreuses.

L’autre façon d’aider les migrants

L’attention que nous portons aux migrants, au regard de cette actualité qui ne cesse de nous alerter de ce qui est un drame humanitaire, est louable. Le regard empreint de compréhension et de sollicitude à l’égard de ces populations est sincère et touchant. Fort de ce constat, il convient de rappeler en ces lignes qu’il existe des outils très concrets pour « agir » aux côtés de ces exilés de la guerre. Zoom sur quelques outils que l’on pourrait croire futiles, mais qui sont en réalité si lourds de sens.

Hello !, le guide du routard pour les Réfugiés

La maison d’édition bien connue a déjà distribué 4 000 exemplaires de ce petit livret qui aide les migrants à se faire entendre. Le but ? Converser avec les accueillants, afin que la cohabitation ne se fasse pas qu’en regards mais en paroles et gestes. Le guide, dans son préambule, nomme ce fascicule « Dictionnaire visuel universel permettant de se faire comprendre dans toutes les langues ». Le geste est beau, la portée peut être très concrète. Aucun texte, si ce n’est le « Hello » chaleureux en guise de titre.
Ce guide compte 85 pages. Il a été réalisé avec le Routard, donc, mais aussi des ONG et des associations. Fait pour les accueillants plus que pour les migrants, il aidera les premiers à diriger les seconds dans le difficile parcours d’intégration qui les attend.

Le Routard « Hello ! », guide gratuit pour les réfugiéspublié par teleramafr

InfoAid : l’application qui aide les réfugiés à s’orienter

Cette application, disponible sur l’AppStore et Google Play, aide les migrants à se repérer, s’orienter, dans la jungle des formulaires administratifs. Elle fournit aussi des informations précises au sujet de l’ouverture ou la fermeture de certaines frontières ou encore le départ et l’arrivée de trains. Elle a été créée par… des Hongrois, dont le pays est pointé du doigt par l’Union européenne pour sa politique de fermeture de ses frontières, et de construction d’un mur dissuasif pour les migrants.

Pétitions, « Appel pour les migrants de Calais »

Internet est aujourd’hui le moyen le plus rapide de manifester son opinion. Fort de ce constat, le mouvement La Vague citoyenne a mis en ligne une pétition intitulée « Nous voulons accueillir des migrants » qui a recueilli près de 40 000 signatures.
Une autre pétition a eu un écho phénoménal sur le web : « Quelques jours pour que cesse la honte en Europe », sur le site d’Avaaz, a recueilli, quant à elle, plus de 460 000 signatures.
Acteurs, universitaires, musiciens, écrivains : tous se sont alarmés, dans une tribune publiée dans les colonnes de Libération et intitulée « Jungle de Calais : l’appel des 800 », de l’abominable condition des migrants de Calais. Les personnalités signataires de cette pétition accusent notamment le « gouvernement de se défausser sur les associations et les bonnes volontés ».

Des associations solidaires

Welcome en France © JRS France

Aurore © L. Zylberman

Amnesty, Secours catholique, Médecins du Monde, Médecins sans frontières, France Terre d’Asile : associations et ONG sont là pour épauler les migrants dans leurs démarches, à travers un fort réseau de bénévoles. Œuvrant dans le social et le sanitaire, notamment, ces organismes assurent aux migrants des soins et un suivi. Si vous avez envie d’aider ces organismes, vous pouvez aussi leur attribuer un don, qui donne droit à des réductions d’impôts allant de 66 % à 75 % de la somme versée.
Vous pouvez aussi donner des vêtements et de la nourriture, même si l’investissement de soi est préférable, comme le dit Paul de Montgolfier, président de Welcome in France : « Les réfugiés cherchent avant tout du dialogue et du lien social. »

L’hébergement

France Terre d'Asile © L. Zylberman

Welcome in France © JRS France

Des mouvements existent pour que le moins de migrants possibles dorment dans la rue. Ainsi, Singa, une association qui vient en aide aux réfugiés, sans toit, a mis en place CALM (« Comme à la maison ») une plateforme qui relie les particuliers qui ont un toit à offrir et des réfugiés. En quelques jours, CALM s’est vu recevoir plus de 500 propositions.
Le réseau faisant partie du Service jésuite des réfugiés, nommée Welcome en France, dirigé par Paul de Montgolfier, se propose de mettre en relation des familles d’accueil et des réfugiés, généralement près des établissements où il convient d’organiser les démarches pour l’asile.

Ces héros proches des migrants

Pierre Henry, Paul de Montgolfier et François Morillon, respectivement dirigeants de France Terre d’Asile, du Service jésuite des réfugiés et du pôle « hébergement » d’urgence de l’association Aurore, répondent pour Respect mag aux questions que nous nous posons sur les conditions d’accueil des migrants, leurs rêves et leurs angoisses. En première ligne, leurs témoignages et d’une importance primordiale.

Qu’est-ce qui explique cette arrivée massive des migrants, et sa médiatisation ?
Une succession d’événements : l’absence de décision des 28 chefs d’Etat de l’Union Européenne depuis près de deux années. Les débuts de cette émotion, de ce drame, furent constitués par un certain nombre de chavirages de bateaux. Face à cela, un certain nombre d’indécisions. L’accélération des flux a été vue comme un véritable défi, nous vivons une situation exceptionnelle où l’arrivée importante de migrants et de réfugiés sur les côtes européennes ont fini par interroger le pacte social européen. C’est à partir de ce moment-là que la question a été posée de manière dramatique.

Êtes-vous favorable à la mise en place d’une véritable politique d’hébergement des réfugiés ? Est-ce facile à organiser ?
Oui. Je pense qu’il faut même anticiper. Ce que j’ai toujours reproché aux politiques publiques, c’est qu’à chaque fois les politiques nous disaient que ça irait mieux demain. Ils ne dégageaient ainsi pas les moyens suffisants pour pouvoir accueillir les personnes en demande d’asile et potentiellement en situation de refuge. Si on agit en termes de prévision et pas sous l’empire de l’urgence, je pense qu’un pays comme le nôtre, 5ème puissance du monde, doit pouvoir s’organiser pour accueillir des centaines de demandeurs d’asile chaque année.

La société française est-elle prête à accueillir ces réfugiés dans leur totalité ?
Il y a une parole publique forte en matière d’accueil. La population française, dans sa majorité, est pour l’accueil des réfugiés, qui répond à une situation de guerre dans leurs pays d’origine, de fuite face à la dictature, etc. Si la question est : « pouvons-nous accueillir tout le monde de manière indistincte, y compris les gens qui viennent chercher de meilleures conditions de vie ? », la réponse est que je trouve cela légitime comme motif de départ, mais priorité absolue doit être accordée aux réfugiés. Nous ne pouvons pas en faire l’impasse.

Quel est le rôle de Welcome en France dans l’accueil des réfugiés ?
Welcome en France est une activité du service jésuite des réfugiés, qui se dit « Jésuite refugees service » (JRS). Cette activité a été créée pour les réfugiés isolés qui ne sont pas hébergés en centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA). Certains sont depuis trop longtemps à la rue, et y laissent leur santé physique ou psychique. On leur accorde un hébergement provisoire dans des familles qui se relaient tous les mois. Nous voulons aussi créer un lien amical, bienveillant entre l’accueillant et l’accueilli.

Avez-vous des retours de vécus de la part de réfugiés ?
Nous avons été très frappés d’entendre un réfugié nous dire : « Vous savez, en France, on arrive dans la majorité des grandes villes, à se nourrir et se vêtir gratuitement. On arrive à survivre, mais ce que nous voulons, c’est rencontrer des français, et on n’y arrive pas. » Le plus important, c’est la création du lien.

La volonté dictée par François Hollande d’accueillir 24 000 réfugiés est-elle suffisante pour vous ?
C’est ridicule par rapport aux besoins et à la réalité de ce qui va arriver. Aucune barrière, aucun mur n’arrête quelqu’un qui veut sauver sa peau. La seule chose qu’on fait, c’est de rendre le passage plus dangereux. On ne pourra empêcher les gens de partir. Nos capacités d’accueil sont évidemment bien supérieures à 25 et même 30 000 personnes.

Quel est votre dispositif concernant l’hébergement des migrants ?
Nous faisons de la veille sociale et de la mise à l’abri à destination de personnes dans ce besoin. Cela pourrait être couvert sous le terme de « Protection pour les personnes ». Même si nous faisons face à une situation exceptionnelle, il faut savoir qu’il y a toujours eu des migrants. Mais il faut dire aussi qu’un migrant peut venir de Clermont et connaître le même problème. Suite au démantèlement d’un camp de migrants à La Chapelle décidée par le gouvernement, nous avons pris en charge et logé 200 personnes.

La volonté de François Hollande d’accueillir 24 000 migrants est-elle suffisante pour vous ?
On a belle allure avec 24 000 personnes… Il faut savoir qu’il y a plus de deux millions de réfugiés qui fuient la guerre. Nous ne pourrons, bien sûr, accueillir tout le monde, mais nous nous devons de faire un effort supplémentaire. Les centres d’accueil de demandeurs d’asile sont en capacité d’accueillir 9 000 migrants. Des places peuvent être encore construites. Construisons-les, et revoyons notre politique ensuite. Une chose à la fois.

Que répondez-vous à celles et ceux qui réclament plus d’attention aux SDF au détriment des migrants ?
Tout le monde doit être protégé. Qui dit campement dit rue, donc danger. Il y a des événements qui bousculent sensiblement la réalité. Le contexte présent est un contexte d’urgence, on ne peut avoir d’autres choix que de prendre en charge ces milliers de personnes qui fuient la guerre, les conflits, les bombardements. Mais l’essentiel est de répondre à la demande d’hébergement, même temporaire. Plus nous construirons des centres, mieux ce sera.


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