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Vieillir en 2016, c'est grave ?

Écrit par Philippe Lesaffre

L’entraide n’a pas d’âge

L’entraide n’a pas d’âge par Philippe Lesaffre

Solution anti crise pour les uns, anti isolement pour les autres, les colocations intergénérationnelles sont une force. En proposant à deux générations de partager le même toit, Le Pari Solidaire et Ensemble2générations appartiennent à cette nouvelle génération d’associations qui font bouger les lignes du mieux vivre ensemble. Rencontre avec Fazolat et Apolline, 23 ans toutes les deux et leurs hôtesses, Anne, 97 ans et Elisabeth, 93 ans. Une Palme de l’initiative intergénérationnelle a même été mise en place. Avec à la clef, une colonie de vacances où les 4-17 ans partent avec leurs grands-parents, une émission de radio ou des anciens échangent avec des élèves d’une école primaire, ou des programmes mêlant auto-stop et bon plans jardinage… Puis nous sommes allés rencontrer Siel bleu. Une association devenue emblématique et qui s’adresse à tous les publics « fragilisés ». Par l’âge, un accident, une maladie. Quand les uns soutiennent les autres… et inversement.

Deux générations sous un toit




De plus en plus de seniors disent « non » à la maison de retraite et préfèrent ouvrir leur porte à des jeunes, âgés de 18 à 30 ans. L’avantage : ils bénéficient d’une présence humaine et, en retour, leur proposent un loyer au tarif modéré.

Fazolat, 23 ans, trouve qu’elle a de la chance. Étudiante ouzbèke de 23 ans, elle loge durant ses études dans un grand appartement parisien chez Anne, sa propriétaire, 97 ans, mais toujours alerte. Comme elle paye un loyer quasiment inexistant, elle s’engage à l’aider en cas de pépins – si jamais sa colocataire chute, par exemple. « Mais je ne fais pas grand-chose, puisque je ne remplace pas les auxiliaires de vie, présentes au quotidien  », souligne la jeune femme, censée, depuis son emménagement en novembre 2014, être rentrée le soir avant 23 heures, afin de passer la nuit à ses côtés. Pour autant, elle continue de vivre, comme une étudiante : « Quand je veux sortir, je demande, et, en général, cela ne pose aucun problème ».

Fazolat et Anne

Fazolat et Anne

Fazolat vit dans une colocation intergénérationnelle, comme il y en a certaines, en France. Rapidement après son arrivée en France, il y a deux ans, elle a appris l’existence de l’association Le Pari solidaire (faisant partie du groupe SOS), qui a formé près de 3 500 binômes depuis 2004, l’année de sa création. Fazolat, dont les études sont chères, n’a pas hésité un instant. « Le principe est intéressant, on partage certains de nos repas, on discute », glisse-t-elle avant de recommander aux autres étudiants de se lancer. « C’est enrichissant », insiste-t-elle dans un français parfait.

Makiko Yano, directrice du Pari solidaire, situé dans le Sud de la capitale, tient à rassurer : « Le jeune ne remplace pas les membres de la famille du senior. Les enfants et les petits-enfants sont parfois très présents. » Du côté de chez Fazolat, par exemple, la fille de sa propriétaire, appelle tous les jours…

Que des avantages

Si cette dernière a rencontré une colocataire par Le Pari solidaire, d’autres se sont regroupés grâce à une autre structure, ensemble2générations, présente surtout en Île-de-France depuis 2006. C’est le cas d’Apolline, étudiante en architecture de 23 ans, qui loge chez Elisabeth, 93 ans. « Nous avons des vies indépendantes, mais nous faisons attention l’une à l’autre, explique-t-elle. Une colocation avec d’autres étudiants ne m’attirait pas, j’avais envie de me retrouver dans une atmosphère familiale, de me sentir entourée. Ici, je suis comme chez ma grand-mère. Elisabeth me fait beaucoup rire, elle a un humour terrible ! » Celle-ci apprécie également cette complicité et confie : « Je suis l’une des premières parmi ses proches à avoir su qu’elle se fiançait ».

Voisins intergénérationnels
Outre la mise en place des colocations entre jeunes et moins jeunes, Le Pari solidaire cultive l’intergénérationnel à travers une autre offre : une trentaine d’étudiants bénéficient d’un logement à prix d’ami (dans une résidence sociale ou autonomie seniors) et s’engagent, en retour, à tisser des liens avec un ou plusieurs senior(s) voisin(s). Un échange qui peut durer au moins deux ans. « Ils ne vivent pas ensemble, mais se retrouvent régulièrement pour partager un petit moment, le temps d’un repas, voire d’une sortie », explique Makiko Yano, la directrice de l’association.

colocations-intergenerationnelles

Pour faciliter l’intégration et le partage d’intimité, Le Pari solidaire et ensemble2générations sondent les volontaires et tentent de trouver des points communs entre juniors et seniors. Fondatrice d’ensemble2générations, Typhaine de Penfentenyo parle de transmission de savoirs entre les deux binômes. « La personne âgée, dont il est dit qu’elle est une bibliothèque ouverte, peut, par exemple, raconter un pan de son vécu à l’étudiant qui s’en enrichit. Chacun contribue au bonheur de l’autre », conclut celle qui promeut cette forme de solidarité depuis dix ans. Selon elle, une colocation intergénérationnelle ne présente que des avantages : « Cela permet à l’étudiant de faire ses études dans de bonnes conditions. Il n’a pas besoin de travailler en parallèle, ce qui est pour moi une bonne chose, relève Typhaine de Penfentenyo. Car suivre ses études en ayant un emploi est, selon moi, un frein à la réussite universitaire, et ainsi à l’accès au travail ».

Du côté des seniors, ouvrir une colocation est également un bon choix : « Cela rassure les enfants qui n’habitent pas forcément à côté de leurs parents. Et ce, tant au niveau de l’isolement que de la sécurité ». Car la réalité est là, selon Typhaine de Penfentenyo : « Edith Piaf disait que la vieillesse ne lui faisait pas peur, mais que la solitude l’angoissait », souffle-t-elle avant de poursuivre : « La grande majorité des personnes âgées, en dehors de la dépendance, aimeraient vivre le plus longtemps à leur domicile ». D’autant plus que les maisons de retraite coûtent très chers – « trop, parfois, pour certains ».

Jeune chez seniors en couple

Si la majorité des personnes, ouvrant leur porte à des plus jeunes, ont plus de 80 ans, des couples actifs sautent également le pas. « Ce sont souvent des seniors en couple dont les enfants viennent de quitter le logement, rapporte Makiko Yano. Certains, affirme-t-elle, ressentent peut-être un manque, une présence et cherchent, outre un complément de revenu, de l’animation à leur domicile ». Une sorte de solitude qui peut aussi toucher, par exemple, un étudiant venu à Paris pour ses études et qui peut donc tout à fait avoir besoin d’une chambre inutilisée pour un loyer allant, la plupart du temps, de 250 à 400 euros mensuels. Le Pari solidaire souhaite recruter de plus en plus de quinquagénaires ou de sexagénaires, car ils ont tendance, dit la responsable, à « s’adapter plus facilement à la présence d’un jeune ».
Certains binômes de la fédération ensemble2générations ont aussi cet âge : Typhaine de Penfentenyo a installé, notamment, un étudiant auprès d’un couple séparé, mais reformé en raison de la maladie du mari : « L’épouse avait besoin de revivre un peu sa vie sociale, la présence de Saïd le lui permet maintenant … »

Solidaires : colocations entre seniors
Certains sexagénaires sautent également le pas. Jeanne et Julie, seules, ont décidé de se regrouper sous le même toit dans les environs de Nantes. Elles refusent la maison de retraite, même pour plus tard. « Libres, confient-elles, nous voulons nous prendre en main, gérer notre temps ». Elles partagent certaines activités, ainsi que le loyer. Cela leur permet de bénéficier d’un grand espace et de se soutenir en cas de besoin. Elles ont fondé une association pour rencontrer d’autres personnes susceptibles de les suivre dans leur autre projet – cette fois, à plus long terme. Leur actuelle habitation n’est, au final, qu’une étape : Jeanne et Julie souhaitent mettre en place, d’ici quelques années, une cohabitation plus importante (accueillant 8 à 9 personnes). Celle-ci prendrait la forme d’une maison de retraite autogérée – avec un service infirmier. Chacun aurait son propre espace, mais pourrait retrouver les autres dans une zone commune. L’idée : rendre ce logement moins cher qu’un Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) traditionnel.


La Palme de l’Initiative Intergénérationnelle

En 2013, l’équipe pédagogique du master « Communication et génération » de l’université Bordeaux Montaigne lance la Palme de l’initiative intergénérationnelle. Organisé par les étudiants, le prix, national, vise à promouvoir, chaque année, des associations, des entreprises ou des collectivités qui mettent en avant un lien intergénérationnel.

Tous les porteurs de projet peuvent participer, au contraire d’autres concours qui ne concernent qu’une discipline – par exemple, le prix Chronos de littérature, prime des ouvrages évoquant les relations entre générations et la transmission des savoirs.

Car le jury bordelais (composé d’étudiants, de professeurs, de chargés de communication) récompense tout type d’actions. En somme, peu importe le domaine (solidaire, éducatif, sportif ou culturel), pourvu qu’il y ait un lien intergénérationnel.

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Le lauréat : Beynes en transition.

L’idée : créer du lien social au niveau local – dans les Yvelines, à Beynes – au travers de plusieurs projets : la cohabitation intergénérationnelle, l’auto-stop organisé et le jardinage intergénérationnel.

Prix coup de cœur : KDOVIE

L’idée : des étudiants bénévoles contribuent à la réalisation de souhaits individuels exprimés par des personnes âgées résidant en foyer. Cela peut être des aides ponctuelles liées à la vie courante ou des aides liées à un rêve (partir en promenade pour un centenaire, par exemple.)

Le lauréat : Cyril Puiseux pour son projet E-stoires

C’est une plateforme numérique de partage d’histoires pour les enfants de 2 à 9 ans.
L’idée : une personne âgée raconte une histoire à distance à son petit-enfant pour l’aider à dormir grâce à une webcam.

Prix coup de cœur : documentaire « Trajectoires » de AGIRabcd (l’Association Générale des Intervenants Retraités)

Le film réunit des retraités migrants et des jeunes collégiens pour qu’ils échangent autour des problématiques d’insertion et d’éducation

Le lauréat : Xavier Drouet pour l’association Vitacolo

L’idée : l’association lyonnaise organise des colonies de vacances… intergénarationnelles : des enfants de 4 à 17 ans partent en vacances en compagnie de leurs grands-parents.

Prix coup de cœur : Laura Meravilles pour l’émission Mots Croisés

C’est une émission – publiée sur la radio Clapas – qui permet à des enfants de primaire d’interroger des personnes âgées en maison de retraite et, ainsi, de sensibiliser aux médias.

Lucile Erb : « La fondation Siel Bleu s'occupe des personnes fragilisées »

Lucile Erb est responsable marketing et communication chez Siel Bleu. Elle nous explique les principales actions de la fondation.

Quelle est votre mission principale ?
Siel Bleu s’occupe de prévention santé, d’amélioration de la qualité de vie des personnes fragilisées, et utilise l’activité physique adaptée comme thérapeutique non médicamenteuse.

En quoi l’activité physique peut-elle prévenir des effets néfastes de la vieillesse ou ralentir la maladie ?
Concernant les maladies chroniques, tout dépend de la pathologie… Nous faisons un travail de veille sur les études et concevons nos programmes en fonction. Par exemple, le Programme Activ’ co-construit avec l’Institut Curie, se base sur l’étude de Courneya selon laquelle pratiquer une activité physique d’intensité modérée à intense au moins une demi-heure par semaine diminue de 30 à 50 % le risque de récidive d’un cancer du sein.

Concrètement, quelles sont les activités de Siel Bleu ?
450 salariés interviennent dans 4 500 lieux et cela touche 100 000 bénéficiaires par semaine. Nous organisons des programmes adaptés au public et aux capacités des personnes. Nous traitons des enfants, des femmes enceintes ou des jeunes mamans, des salariés dans le cadre d’une prévention TMS (troubles musculo-squelettiques, NDLR) et AT (accident du travail, NDLR), des jeunes seniors actifs, ainsi que des personnes âgées (à qui nous proposons, par exemple, de la gymnastique sur chaise), des personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques (comme le cancer, le diabète, l’obésité, la sclérose en plaques), mais aussi des proches aidants. Il y a des cours collectifs, proposés par l’association Siel Bleu, et des cours individuels – organisés par l’Association Domisiel (qui dépend de la Fondation Siel Bleu, la structure chapeautant l’association Siel Bleu et Domisiel). Il s’agit de programmes qui concernent, notamment, un retour d’hospitalisation. Cela peut être également de la gymnastique avec un aidant et son aidé, ou de la stimulation physique…


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