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L’apparence physique mise à nu: histoire et actualités d’une discrimination

Écrit par Hélène Jaffiol

Qui sont les dictateurs de l’apparence ?

Qui sont les dictateurs de l’apparence ? par Hélène Jaffiol


Le rapport que nous entretenons avec notre apparence physique et celle de notre entourage, et au final, l’origine d’un certain nombre de nos complexes, ne sont pas le fruit du hasard ou la malédiction d’une méchante fée. Ils prennent racine dans notre enfance. Le beau contre le laid, Barbie – femme rêvée aux courbes irréelles – contre Playmobil, au physique plus passe-partout. La publicité et les magiciens de la retouche ont longtemps cherché à prolonger le mythe de la poupée Mattel. Mais le vent tourne. Le « naturel » prend du galon et dans la mode, la maigreur extrême pourrait bientôt se voir interdire de podiums en France. Avec à la clef, des notions sur l’apparence physique qui incluent, comme la « variation » et la « nuance » contre la notion de « différence », source de discrimination, qui exclue.

Les jeux sont faits

Les jeunes sont de plus en plus tôt confrontés au fléau du complexe physique : je suis trop gros(se), je suis trop petit(e), je suis trop maigre, j’ai un gros nez…Une jeune fille – voire une fillette – qui refuse de se mettre en jogging parce qu’il lui fait de « grosses fesses », une autre qui se met au régime en cachette… Le constat est triste et imparable: les enfants, et en particulier les (très) jeunes filles, sont rapidement confrontés aux codes générateurs de discriminations au physique. L’idée du ‘beau’ et du ‘laid’ entrerait dans notre vie, dès l’époque des couches-culottes, pour devenir une notion pleinement consciente à 3 ans, âge de l’entrée à la maternelle : ‘Chez les enfants, le beau est rapidement associé au bien et au plaisir, et le laid, au rejet et à la méchanceté’, explique Myriam Yahimi, pédopsychologue à Montpellier. Le ‘beau’ et le ‘vilain’ constituent, sans doute, les champs lexicaux les plus employés par les parents pour s’adresser à leur enfant en bas-âge : ‘ Il est beau ton dessin’, ‘Tu es vilain’ ou encore ‘C’est pas beau’ après une crise de caprice… Des notions simples, rapides à comprendre, et qui forment notre première appréhension du monde, nos premiers stéréotypes.

« Allô maman bobo. Maman comment tu m’as fait j’suis pas beau »

Et ce, d’autant plus si le jugement esthétique s’avère très présent dans le discours familial. En France, la beauté est culturellement une donnée centrale. Rien d’étonnant qu’elle soit souvent valorisée dès le plus jeune âge, qu’elle devienne presque un discours-reflexe : ‘On ne peut s’empêcher de s’émerveiller devant la beauté d’un enfant. A la caisse d’un supermarché, si on voit une fillette avec de grandes bouclettes et de grands yeux, on fera un compliment aux parents qui se sentiront flattés.’ Résultat : Nous percevons tout petit si nous faisons, sur ce terrain-là, honneur (ou non) à ceux qui nous ont conçus. Et si notre apparence a une valeur incluante ou discriminante. Les concours de beauté de type ‘mini-miss’ véhiculent, dans une certaine mesure, ces idéaux esthétiques enfantins. Véritables phénomènes aux États-Unis – ils sont désormais interdits en France aux moins de 13 ans : « Ne laissons pas nos filles croire, dès le plus jeune âge, qu’elles ne valent que par leur apparence », alerte la sénatrice Chantal Jouanno.

L’apprentissage de l’esthétique se poursuit via les contes pour enfants, et la répartition des rôles s’avère souvent binaire : le héros est beau, fort et gentil. Le « méchant » est l’exact opposé. Dans les jeux de rôles, peu d’enfants aiment remplir cette fonction. On comprend pourquoi…Par ailleurs, la beauté est le point cardinal de bien des intrigues. « Miroir, mon beau miroir dis-moi qui est la plus belle ? », interroge la méchante belle-mère de Blanche-Neige, animée d’une cruelle obsession : tuer sa belle-fille, parce que bien trop jolie ! Pour les jeunes garçons, la gloire (et donc la beauté) ne revient pas aux personnages gringalets, elle se mesure à la force et à la carrure de son héros, tels Superman ou G.I. Joe pour ne citer qu’eux. Au risque de faire passer la beauté pour un dû, une finalité logique. Dans les récits pour enfants, les ‘moches’, s’ils sont les héros, finissent toujours par devenir beaux. Le vilain petit canard devient un magnifique cygne. Le crapaud pustuleux devient prince charmant : ‘Ces contes peuvent induire en erreur car le miracle (de la beauté) ne se produit pas à chaque fois, et ils peuvent entrainer de grandes déceptions à l’adolescence et à l’âge adulte’, reconnait Myriam Yahimi.

Barbie : « La beauté (physique) à l’état pur »…

Ces archétypes enfantins, bien qu’innocents au premier abord, laissent une empreinte jusqu’à l’âge adulte. Pourquoi, par exemple, ne pas arrondir ces princesses, éternelles icônes belles et frêles, qui titillent nos complexes ? C’est le pari de Loryn Brantz, une illustratrice américaine, qui s’est plu à retravailler les filiformes silhouettes des princesses de notre enfance, de la Reine des Neiges aux plus anciennes, comme Aurore ou Ariel, la petite sirène…Des « contre-retouches » sur les hanches, les cuisses et le ventre, les points cardinaux du complexe féminin : Cela ne prend qu’une minute pour que ces princesses soient moins extrêmes et restent aussi belles et magiques qu’avant’, explique l’illustratrice.

Mais celle qui a le plus d’influence sur la construction mentale de la silhouette féminine est, sans conteste, la célèbre Barbie. Egérie du géant américain Mattel depuis 1959, elle serait vendue à travers le monde au rythme de deux par seconde. Dans l’arsenal des petites filles – l’âge moyen de la première Barbie est 3 ans – il s’agit bien souvent de la première poupée à l’apparence résolument adulte au milieu des traditionnels baigneurs. Devenant progressivement la représentation d’un archétype physique féminin « normal » et attendu.

…contre l’imaginaire d’un Playmobil au physique passe-partout

A l’inverse, les Playmobil, mastodontes allemands de l’industrie du jouet, ont des caractéristiques physiques très peu marquées. Les figures féminines ont un buste à peine plus arrondi que leurs compères masculins mais conservent le même tour de hanches et de cuisses. « Les Playmobil sont plus neutres que les Barbies qui représentent, avant tout, un physique, une esthétique. Le Playmobil n’a aucune valeur en lui-même, il est toujours acteur de quelque chose, c’est l’histoire qui compte, donnant plus de place à l’imaginaire de l’enfant », confirme la pédopsychologue, Myriam Yahimi. Incarnation esthétique, la poupée Barbie est l’expression de « la beauté à l’état pur », slogan cher à Mattel. En 1965, l’entreprise décide de vendre son mannequin de plastique, armée d’une balance rose bonbon et d’un guide baroque pour perdre du poids. A l’intérieur du minuscule livret, un seul commandement est inscrit en toutes lettres : Arrête de manger ! La balance, elle, par un curieux hasard, se bloque à 50 kg. Pas un gramme de plus. Un objet de torture pour notre Barbie qui, si elle était humaine, mesurerait 1 m 82 !

Barbie, sort de ce corps !

Car en réalité, la beauté de cette poupée-mannequin est parfaitement ‘anormale’. En 2007, une jeune américaine, Galia Slayen, se lance dans la fabrication, taille réelle, de son modèle de petite-fille. Son constat fait froid dans le dos : humaine, ses chevilles aussi épaisses que celles d’un enfant de trois ans l’empêcheraient de marcher. Barbie n’aurait pas d’autre choix que de se déplacer à quatre pattes. Quoique. Ses poignets larges de 7,6 cm cèderaient sous son poids, bien que très léger. Quel enfer ! Mais les ennuis de Barbie ne s’arrêteraient pas là : son tour de taille est 39% plus faible que celui d’une anorexique. Avec de telles proportions, impossible de caser l’ensemble des organes vitaux dans son buste et son bassin. La pauvre Barbie devrait faire l’impasse sur l’un de ses poumons et une grosse partie de son intestin. Une vie à moitié, quoi…

La revanche de la Barbie ‘humaine’

D’autres ne résistent pas à l’envie de remplumer notre Barbie anorexique. En 1998, The Body shop – une chaîne britannique de cosmétiques- affiche sur grands panneaux publicitaires, Ruby, une Barbie rondelette mais bien dans sa peau et s’assure, en plus d’un bénéfice pédagogique, un joli coup marketing.

En 2013, un artiste digital américain, Nickolay Lamm, décide de revoir complètement le cahier des charges de la poupée blonde. Choisissant comme référence, les mensurations moyennes d’une jeune Américaine de 19 ans, il redessine les courbes d’une Barbie ‘normale’ : son œuvre, baptisée Lammily perd une dizaine de centimètres, sa poitrine siliconée et gagne en cuisses et en tour de taille. Moins maquillée, la poupée incarne le slogan : ‘La normalité est belle’. Dopée par une campagne de financement en ligne devenue virale, la Barbie ‘humaine’ a été fabriquée à plus de 100 000 exemplaires depuis novembre 2014. Mais la Lammily pousse-t-elle un peu trop loin le réalisme ? Il est possible désormais de la couvrir d’acné et de cellulite, par la magie de vignettes autocollantes. Au risque peut-être de casser le rêve de certaines.

Publicité: vers plus de vérité des corps ?

Une peau lisse, un teint de porcelaine ou juste doré à la perfection, des courbes parfaitement équilibrées, des traits d’une régularité sculpturale…L’espace public est saturé d’images de corps sublimés, souvent féminins. Des affiches publicitaires aux plateaux de télévision, en passant même par les tables d’un restaurant (!), on cherche à faire du beau, ou, du moins, à ne faire voir que le beau. Mais Les corps irréels, qui défilent sur papier glacé, commencent à lasser…

En 2013, un restaurant parisien se fait épingler par le Canard Enchaîné pour sa fâcheuse habitude de mettre les « beaux » bien en évidence derrière d’immenses parois vitrées à la vue de tous, les ‘moches’ étant habilement conduits vers des tables plus en retrait. Seuls les « moches » faisant valoir l’excuse de célébrité échapperaient à cette sélection drastique par le siège. Une « publicité vivante » à moindre frais pour le restaurant, la beauté physique assurant, en quelque sorte, la qualité de l’assiette. La même logique s’applique souvent aux plateaux de télévision, où les casteurs de public invoquent notamment des « impératifs physiques » pour justifier le choix des silhouettes qui apparaîtront dans « l’axe cam », c’est-à-dire derrière le présentateur vedette ou l’invité prestigieux. Qui n’a jamais remarqué l’essaim de jolies filles assises au premier rang d’émissions à forte dose de testostérone, comme les débriefs d’après-match de football?

Abercrombie : dictature du beau

Reste que cette stratégie marketing, bien que visible, est rarement complètement assumée. Une marque américaine de vêtements Abercrombie & Fitch en a, elle, fait un argument publicitaire de vente décomplexé dès le début des années 2000 : pas question d’habiller les moches, trop ou pas assez grands, petits, gros, mais uniquement les gens déterminés par la marque comme beaux, minces et « cools »: « Franchement, nous nous adressons aux enfants cools qui ont une attitude super et qui ont plein d’amis. Sommes-nous exclusifs ? Complètement. », avance en 2006 Mike Jeffries, le PDG de la marque. Résultat: les vendeurs sont recrutés à l’examen de leurs abdos, accueillant le chaland et potentiel client (beau lui aussi), torse nu et sourire « ultra-bright », une publicité vivante de la beauté ultra-sexualisée. Pour décourager définitivement les « moches » qui n’auraient pas compris la politique de la maison, les tailles supérieures à 38 sont retirées des rayons. Mais attention, du côté des femmes uniquement, les larges carrures masculines vantées par la marque nécessitent, elles, plus de tissus.

…et décadence

Mais l’obsession du beau a fini par causer la perte de la marque certifiée ‘anti-moche’. En plus d’être illégale, cette discrimination au physique provoque l’ire des consommateurs à travers le monde. Les plaintes en justice pleuvent – en 2014, la France avait sommé la marque de renoncer à ses pratiques dans un délai de six mois – les ventes chutent. Le PDG provocateur est congédié, les vendeurs-mannequins sont priés de se rhabiller mais rien n’y fait, Abercrombie & Fitch affiche en mai 2015 une perte nette de 63 millions de dollars. « Le vent tourne. La chute d’Abercrombie prouve le ras-le-bol des consommateurs qui ne veulent plus de ces images stéréotypées et discriminantes sur la beauté et sur la mode. Les marques ont du souci à se faire. Elles vont devoir changer leur publicité », analyse Frédéric Godart, sociologue de la mode.

Trop de retouches tuent la retouche

Les corps sublimés par ordinateur n’ont jamais été autant décriés, tandis que Photoshop, le logiciel de retouche de l’image, fête cette année ses 25 ans. Les marques françaises de la beauté, L’Oréal en tête, en font les frais outre-manche. En 2011, c’est la peau ‘parfaite’ de Julia Roberts, ambassadrice pour un fond de teint du célèbre fabricant de cosmétiques, qui est interdite en Grande-Bretagne pour cause de ‘publicité mensongère’. Une autre année, ce sont les cils ‘anormalement’ longs de Nathalie Portman pour un mascara Dior qui provoquent la colère du régulateur britannique de la publicité. Dans les marques de luxe, on avoue que les filtres postproduction sont utilisés de manière ‘intensive’, modifiant 50 % voire 75 % d’une photo : peau lissée, lèvres adoucies, sourcils assombris, rides, boutons, poils, cernes supprimés… Que reste-t-il de notre apparence naturelle? Pas grand-chose. En 2006, la marque de cosmétiques, Dove, crée l’évènement à travers une campagne publicitaire contre les abus récurrents de Photoshop ou comment transformer de A à Z un visage en moins d’une minute.

En mars dernier, pour la journée de la Femme, elle vante à nouveau la confiance en soi et la beauté naturelle, dans un spot publicitaire – « La pensée qui rend belle » – dans la lignée d’une séance photo réunissant des femmes de gabarits très différents, réalisée l’année précédente. Le travail est titanesque : les Françaises seraient les championnes de l’auto-flagellation devant le miroir. A peine 8 % se trouvent belles, contre 23 % des Américaines et 59 % des Brésiliennes (étude Harris Interactive).

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Devoir de vérité

Combattre ce qui nous donne des complexes : la loi pourrait bientôt prendre le relai en France. En avril dernier, les députés ont voté un amendement obligeant les marques à indiquer les retouches sur les photographies de mannequins à usage commercial. Une disposition qui viendrait en complément de l’interdiction d’employer des mannequins anorexiques sur les podiums. En Angleterre, la pression des institutions contre les images retouchées a obligé les titres de la presse féminine, en particulier, à jouer cartes sur table. Depuis 2013, le navire amiral de la presse beauté, Vogue, fait circuler dans les écoles britanniques une vidéo d’une dizaine de minutes avouant tous les ‘trucages’ nécessaires derrière une photo de Une : ‘Le problème surgit lorsque les gens se jugent et jugent leur apparence d’après les mannequins qu’ils voient sur les pages des magazines et ont l’impression de ne pas être à la hauteur’, reconnaît dans un communiqué explicatif la rédactrice en chef de Vogue UK, Alexandra Shulman. Plus incisif encore, un site participatif américain, Global Democracy, montre comment un corps féminin lambda peut être complètement remodelé en une seule séance photo et quelques (grosses) retouches opérées par ordinateur.

Le « naturel » : nouvel eldorado de la beauté et du marketing

Dans ce contexte, le « sans retouches » n’a jamais eu autant la cote, devenant à la publicité ce qu’est le bio à la nourriture: le retour à la vraie beauté, sans filtre, saine et honnête. Des marques de lingerie, de cosmétiques encore peu connues utilisent le logo « 100 % naturel » pour se faire un nom sur le marché. Photo 10Cette course au « 0 retouche » atteint même le secteur de la musique. Des chanteuses font valoir des clips ‘sans maquillage’ et ‘accessoires de beauté’ pour doper leurs ventes de disques.

Une course pouvant aller jusqu’à la caricature. En février dernier, des photos non retouchées de deux icônes de la beauté, l’ex top-model Cindy Crawford et la chanteuse Beyoncé ont circulé dans la presse : cellulite marquée pour la première, 49 ans, et peau fatiguée, boutonneuse, pour la seconde. Mais ces fuites n’auraient rien de fortuit, devenant un outil de communication diablement efficace pour se montrer ‘accessible’ et « normale ». Reste que ce « naturel » s’avère bien trop contrôlé pour être honnête. Les photos de Cindy Crawford auraient été, selon certains experts de l’image, retravaillées afin de forcer l’effet cellulite et le côté « 0 retouche » ! Le ‘naturel’ se mord la queue, en quelque sorte. Preuve, que même dans la « normalité », l’image du corps, l’apparence, reste une obsession.

A l’assaut de la forteresse du physique-liane

Anorexie et podiums : jamais ces deux univers n’ont été si souvent associés. En France, l’emploi de mannequins à la maigreur extrême pourrait bientôt être sanctionné par la loi. Mais comment faire évoluer les représentations d’un secteur aussi codifié que la mode ? Et célébrer différents types de morphologie et de beauté ?

Bientôt, fini les photographies de mannequins décharnés, de silhouettes fantomatiques, ou de visages redessinés par ordinateur, qui hantent les nuits de jeunes-filles à l’image de soi chancelante ? En avril dernier, un amendement porté par le député-neurologue, Olivier Véran a été adopté par l’Assemblée Nationale pour combattre les images véhiculées par l’industrie de la mode et de la publicité. Si la disposition est validée par le Sénat, il sera bientôt interdit en France de faire défiler des mannequins squelettiques. La limite sera calculée en fonction de l’IMC (indice de masse corporelle), soit le poids divisé par la taille au carré, et pourrait être fixée à 18, par exemple 55 kg pour 1,75m. Un tremblement de terre dans la capitale de la mode, qui, depuis la fin des années 90, a fait de la silhouette-liane son idéal de beauté, avec la fin du règne des super-models plus en formes : ‘Les mannequins se sont de plus en plus standardisés. Moins connus aujourd’hui, ils tendent à se formater dans un corps unique et très maigre’, analyse Frédéric Godart, sociologue de la mode. Inès Maçon-Dauxerre, artiste-modéliste à Paris, a vécu de l’intérieur les ravages de cette dictature de la balance à travers le parcours de sa fille, Victoire, devenue mannequin à 18 ans : ‘Pourquoi ne pas installer, directement sur les podiums, un système de convoyeur à vêtements, comme on voit dans les pressings. On accrocherait les vêtements à des cintres et les créateurs mettraient la machine en route. On ne verrait quasiment pas la différence avec un véritable défilé de mannequins aujourd’hui.’ Écœurée, elle a apporté un soutien public aux recommandations du député Véran.

Victoire Maçon-Dauxerre: « Je ne mangeais plus que trois pommes par jour ! »

Victoire Maçon-Dauxerre portraitElle a défilé sur les podiums des plus grands créateurs pendant un an, et connu l’envers du décor. L’enfer du poids, l’esclavage d’un corps prisonnier d’une taille 32. Au point d’en tomber malade. Aujourd’hui, Victoire entame une nouvelle vie dans le théâtre, à Londres.

Comment êtes-vous arrivée au mannequinat ?
J’avais 18 ans et j’ai été remarquée en mai 2010, par un « streetscout », un chasseur de mannequin, alors que je me baladais dans le Marais, à Paris. Il m’a dit : ‘Vous êtes la prochaine Claudia Schiffer!’ Mais lorsque je suis allée à l’agence (Elite) en juillet, j’ai tout de suite compris que mon poids leur posait problème. Je faisais 1,78 m pour 56 kg, et ils m’ont dit qu’ils allaient devoir mentir dans mon dossier à propos de mes mensurations, parce qu’avec cette silhouette-là je ne pourrais rentrer dans aucun vêtement. Ils m’ont donné jusqu’à septembre pour maigrir. Je n’avais jamais été obsédée par mon poids auparavant, j’étais mince et bien dans ma peau. Pendant tout l’été, je n’ai mangé que trois pommes par jour ! Lorsque je suis revenue à l’agence, je ne pesais plus que 47 kg et j’ai commencé à travailler.

«J’étais en ‘état de famine’ mais j’entendais : ‘Regardez comme elle est belle !’ »

Et ensuite, comment s’est exercée, au quotidien, cette pression sur le poids ?
Plus on est maigre, plus on a du travail. A l’agence, dès que je perdais du poids, j’avais droit à des applaudissements. Mon IMC [indice de masse corporelle] était de 15, j’étais en ‘état de famine », mais j’entendais : « Regardez comme elle est belle ! » La nuit, j’avais mal au dos tant ma peau tirait et que les os ressortaient. J’ai même réussi à perdre une taille de pointure aux pieds, je ne pensais même pas que cela pouvait être possible ! Un jour, une petite Russe – elle devait avoir 15 ans – a débarqué à un casting et le créateur a déclaré aussitôt qu’il allait dessiner toute sa collection sur elle. Avec les autres mannequins, nous avons commencé à paniquer : nous allions devoir, nous aussi, rentrer dans ces tenues. Mais comment faire ? La petite Russe, elle, n’était pas encore formée !


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Qu’est-ce qui vous a convaincue de tout arrêter ?
J’allais de plus en plus mal. Je mourrais de faim .Un jour à New-York, je me suis évanouie, je voyais les immeubles valser au-dessus de moi. Mon agent a couru m’acheter un petit morceau de poulet parce qu’il ne fallait absolument pas me donner de sucre. Pendant les Fashion week, il ne faut pas dépasser la taille 32/34. Et puis, je commençais à devenir bête. Alors que j’étais bonne élève au lycée, je n’étais plus capable de lire quoi que ce soit, je ne me souvenais de rien. Comme je ne mangeais pas, je ne nourrissais pas mon cerveau non plus! J’ai eu un choc et j’ai décidé d’arrêter.

« J’avais de l’ostéoporose à un stade très avancé. »

Avez-vous eu des séquelles?
Je me suis retrouvée à l’hôpital pour anorexie et boulimie. Je n’avais plus mes règles, et surtout j’étais atteinte d’ostéoporose à un stade très avancé. Pendant 4 mois, j’ai suivi un traitement, à base de calcium, parce que j’avais un squelette de 70 ans au niveau des bras et des jambes ! Même mes cheveux étaient complètement abîmés, j’ai dû me les couper court. Ils ont mis quatre années à repousser.

Pensez-vous que l’amendement sur la maigreur des mannequins pourra faire évoluer les choses?
Il va dans le bon sens. Mais il faudrait qu’il sanctionne directement les maisons de couture françaises car les agences ne font que répondre aux demandes des couturiers. Il faut des examens médicaux complets avant chaque période de Fashion Week, et pas seulement une simple mesure de la masse corporelle. En France, tous les employés sont protégés et ont droit à des visites médicales. Pourquoi pas les mannequins ?

Porteur d’espoir, l’amendement contre les mannequins squelettiques s’annonce, néanmoins, compliqué à mettre en œuvre. Un rapide coup d’œil dans la presse féminine et sur les podiums suffit à s’en convaincre. D’après une enquête réalisée en juin par France 2, sur les 50 têtes d’affiche du mannequinat, seules 4 pourraient continuer à défiler, dont la célèbre Bar Rafaeli, avec un IMC de 19, 1. Toutes les autres devraient rester en coulisse. Plus difficile encore, sera de changer la vision d’une majorité de grands couturiers, en particulier en France et en Italie, qui veut que les corps les plus esthétiques sur podium soient les plus filiformes possibles, à l’image des œuvres de Modigliani. Le couturier-star Karl Lagerfeld n’a-t-il pas déclaré, en 2009, que personne ne voulait ‘voir de femmes rondes défiler’ ? Du moins, celles que l’adepte des régimes rigoureux considère comme telles. Début juin, la célèbre marque Yves-Saint Laurent voit l’une de ses publicités interdite en Grande-Bretagne. En cause : la maigreur ‘irresponsable’ de son mannequin d’affiche.

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En avant les « moches » !

Mais d’autres grands stylistes font entendre une musique quelque peu différente. L’iconoclaste Jean-Paul Gaultier* affirme donner une place à ‘toutes les beautés’. En 2005, l’inventeur de la marinière blanche et bleue a fait de Crystal Renn, un mannequin américain oscillant entre les tailles 40 et 44, l’égérie de ses défilés et de sa campagne de pub. Autre styliste qui refuse de faire travailler des ‘robots’, Agnès b. a réaffirmé son ‘refus d’employer des mannequins trop maigres’, dans un entretien accordé au Parisien en avril.


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En parallèle, se développent des agences de mannequins ‘atypiques’ qui proposent à des marques, saturées de physiques standards, des modèles ‘moches’ et fiers de l’être ! Les plus célèbres enseignes sont l’agence Ugly models (‘mannequins moches’) à Londres ou Misfit Models (modèles mal-foutus’) à Berlin. Leur catalogue sans limite – gros, tatoués, femmes à barbe…- fait fureur parmi les créateurs anglo-saxons, comme la baroque Vivienne Westwood.

« La beauté est dans la ligne mais aussi dans les courbes! » (Pauline Clavel, styliste)

En France, le chemin est plus compliqué. Dans un pays où l’idéal de minceur est très marqué – 6 femmes sur 10 déclarent vouloir perdre du poids – rares sont les créateurs du prêt-à-porter haut-de-gamme à se lancer à l’assaut de toutes les morphologies, surtout celles qui sortent du standard (au-delà du 42). C’est l’ambitieuse mission d’un binôme de créatrices, les sœurs Pauline et Julie Clavel, à travers leur marque ’Pauline et Julie’.

La première, Pauline, fait une taille 34/36 ; la seconde, Julie, fait du 50. L’idée de s’associer est venue de cette photographie vivante de l’éventail de la beauté de la femme. ‘ Au-delà du 42, la mode c’est un parcours du combattant ; ça l’était encore plus lorsque j’étais adolescente. A l’époque, je ne trouvais rien qui ne soit pas des vêtements pour quinquagénaires ! Alors, c’est Pauline qui me confectionnait mes tenues’, se souvient Julie, architecte de formation. L’idée part de là, elle germe dans leurs têtes, et se concrétise en 2013 : celle d’une ligne toutes-tailles, féminine et sophistiquée, allant du 36 au 54. Dans leur atelier du XIème arrondissement de Paris, deux mannequins de vitrine annoncent la couleur : l’un est longiligne, l’autre rond. Mais il n’est pas facile de vaincre les blocages de certaines acheteuses : « Un jour, un couple s’est arrêté devant l’atelier. Le mari a montré une robe à sa femme, visiblement intéressée. Mais elle a bloqué lorsqu’elle a réalisé que la tenue était posée sur un mannequin rond. Elle s’est dit que c’était une robe pour grosses, donc pas faite pour elle ! Alors qu’elle était disponible dans toutes les tailles », note Julie, « Mais le regard des gens évolue doucement ». La beauté commence à sortir des cases du standard.

* Le Grand Palais lui a consacré une exposition du 01 Avril au 03 Août 2015

66 nuances de peaux


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Parmi les plus puissants dictateurs de l’apparence physique « normée », les fabricants de cosmétiques. Alors que des produits proposent de s’éclaircir ou tanner la peau, la démarche les chercheurs de L’Oréal a de quoi retenir l’attention. La « chromasphère® » a été élaborée pour mesurer la couleur de la peau et proposer des teintes et des soins sur-mesure. Ils ont alors pu déterminer 66 teintes de carnations à partir desquelles un nuancier a été composé.. Une étude qui a également permis d’établir une géographie de la couleur des peaux du monde et, menée sur plus de 7 500 chevelures dans 23 pays, de retenir 8 catégories de cheveux, des plus frisés aux plus raides, indépendamment de toute approche ethnique., indépendamment de toute notion de beau ou moche, de bien et moins bien…