Menu du dossier

L’apparence physique mise à nu: histoire et actualités d’une discrimination

Écrit par Mounir Belhidaoui

Les jeunes et l’apparence

Les jeunes et l’apparence par Mounir Belhidaoui


Le harcèlement a différents visages, il peut procéder de différentes façons, sur différents attributs chez des victimes diverses. Dans une cour d’école, les discriminations sur la taille, le poids, la couleur de peau, des cheveux, un handicap… ont parfois des conséquences dramatiques qui peuvent aller d’une gêne, d’un malaise intérieur, à des dépressions et des tentatives de suicide.
 
 
 

Etat des lieux


Dans la nuit du jeudi 18 au 19 juin, après des moqueries insistantes sur son physique, Jacqueline, 13 ans, se suicide en se jetant du onzième étage de l’immeuble où elle vivait, à Villetaneuse. Un petit jour avant, c’est Axel, un collégien de 5ème à Auxerre, qui se suicide. Il a expliqué à un de ses camarades être victime de brimade, d’insultes qu’on le « traitait de gros, que c’était un intello, que dans sa classe il n’avait pas beaucoup de copains et que tout le monde le rejetait », selon un propos recueilli par la radio France Info. En 2013, Matteo, un collégien de Bourg-Saint-Maurice victime de harcèlement scolaire, se suicide au domicile de ses parents. Sa tare ? Être roux. Le jeune homme, dépeint comme « intelligent et sensible » par ses ami(e)s a eu ces derniers mots dans une vidéo Youtube :
«Il y a aussi la discrimination, oui je le crie fort, j’en ai beaucoup souffert, mais il n’y a pas que moi. La vie est une lutte, il faut résister ».

L’affaire qui a, semble-t-il, mis en lumière le préoccupant sujet du harcèlement à l’école, c’est celle de Marion Fraisse, 13 ans, dont l’histoire bouleversante (et extrêmement médiatisée) a ému la communauté nationale. Là aussi, insultes, humiliations, menaces se sont multipliées pour la jeune fille. N’en pouvant plus, l’adolescente a été retrouvée pendue au domicile de sa mère, à Vaugrigneuse (Essonne). Nora Fraisse et sa fille avaient prévu de faire une après-midi shopping. Une lettre fut retrouvée sur le bureau de l’élève de 4ème C, où elle a nommément désigné des élèves comme responsables de sa mort, avec ces mots, sur le fronton de l’enveloppe :
« Si vous recevez cette lettre c’est que je ne suis plus de ce monde ».
Les chiffres de l’association pour la prévention de phénomènes de harcèlement (A.P.H.E.E.) sont édifiants, tant ils traduisent une présence du harcèlement dans la vie comme en ligne :
3 ou 4 adolescents se suicideraient à cause du cyber-harcèlement.

  • 22 % des enfants harcelés n’en parlent à personne.
  • 85 % des faits de harcèlement ont lieu dans le cadre d’un groupe.
  • 40 % des élèves déclarent avoir déjà subi une agression en ligne.
  • 61 % des harcelés disent avoir des idées suicidaires.

En 2013, Vincent Peillon, Ministre de l’éducation nationale, décide de lancer une campagne de sensibilisation intitulée « Agir contre le harcèlement à l’école ». Cette campagne cible, entre autres, le cyber harcèlement.

Entre temps, un remaniement a eu lieu, et c’est Najat Vallaud-Belkacem qui a remplacé l’ancien professeur de philosophie. La ministre met en place des « outils pour mieux détecter le harcèlement », comme une formation d’enseignants, une journée de sensibilisation avec les médias à la rentrée, et un prix « Mobilisons-nous contre le harcèlement ».
La réduction d’un numéro à quatre chiffres, existant depuis un an, a aussi été annoncée. De bien beaux efforts… Mais est-ce que tout cela sera suffisant à l’heure où le harcèlement scolaire devient un problème prioritaire, tant il peut affecter les victimes tout au long de leurs vies ?

Paroles de jeunes


Parfois, pour vivre l’évolution d’une époque, il convient de se mettre à la place de celles et ceux qui la font. Et qui de mieux placé, pour cela, que les nouvelles générations ? Vêtements, apparence physique, taille, poids, quelques témoignages éclairants soutiendront ici l’idée que tous les goûts sont dans la nature. Et que, parmi ces jeunes, il faut nuancer l’idée selon laquelle il y aurait des « suiveurs » et des « influenceurs ». Il y en a, certes, mais il y en a aussi qui désirent vivre leur vie sereinement, « à la cool », s’habiller de façon « swag » sans forcément se vanter d’appartenir à un genre prédéfini.
Nous sommes partis à la rencontre de ces jeunes issus de milieux si différents, qui ont l’honnêteté de dire ce qu’ils pensent sans crainte d’être jugés. Ils sont, évidemment, plus mûrs que l’image qu’on s’en fait. Leur laisser la parole, c’est les faire entrer, déjà, dans cette grande question du « savoir-être » et savoir vivre ensemble.

Audrey Akoun : « sauver les apparences »


IMG_9390

Auteur, avec Isabelle Pailleau, de l’essai « Je dis enfin stop à la pression », Audrey Akoun nous livre quelques petites techniques pour se délivrer de cette tyrannie du paraître, dans la « vraie vie » comme sur les réseaux sociaux. Avec de la bonne humeur, de l’humour et un sens aigu de la répartie. Rencontre.

L’apparence physique est-elle un élément fondamental de communication sur les réseaux sociaux ?
Et en cela il faut savoir le maîtriser. Même les adultes, aujourd’hui, postent beaucoup de choses sur Facebook. Tout ce petit monde n’a pas assez conscience de l’image que ça renvoie d’eux, du fait que tout un chacun peut les voir, et que ça reste. Prendre des photos de soi complètement ivre, à quatre pattes à côté de la cuvette, dénudé, ultra-maquillé est dangereux. Cela peut se retourner contre eux à un mauvais moment. On voit beaucoup de cas d’harcèlement sur les réseaux sociaux. Une photo peut être récupérée pour être remise sur la place publique. Les réseaux sociaux sont une nouvelle place publique. Les jeunes filles qui se prennent en photo dans leur salle de bain et qui postent ça sur les réseaux sociaux, elles ne se disent pas assez qu’elles font entrer beaucoup de monde dans la pièce, pour faire référence au voyeurisme.

Depuis quand l’apparence physique a pris une telle importance ?
Il y a eu un vrai tournant avec les premières émissions de téléréalité que j’appelle « débiles », car il y en a qui ne le sont pas. Les adolescents s’identifient à toutes les téléréalités d’enfermement, dans une maison ou sur la plage. Certains ont du second degré et regardent le programme avec cet œil un peu ironique, mais d’autres, peut-être la majorité, regardent ces programmes en s’identifiant à ses participants. Le casting est fondé essentiellement sur les valeurs du paraître, de sexualisation, de pornographie. Ces participants finissent par devenir des idoles, c’est à eux que les jeunes s’identifient. S’agissant des jeunes hommes, ils cherchent à prendre du muscle, à faire de la musculation de façon exacerbée, avec comme seul but de ressembler aux hommes bodybuildés qu’ils voient à la télévision.

« Si une personne qui vit un harcèlement a des difficultés à le dire, c’est quelqu’un d’autre qui s’en chargera »

La faute à Internet ?
Non, car Internet a permis d’enlever la sensation d’isolement que peut ressentir chaque jeune, l’effet bénéfique est la capacité à avoir de l’information à portée de clic. Mais cela a aussi donné un accès libre à de la vidéo porno qui donne forcément une image biaisée de ce qu’est la sexualité et l’acte sexuel. Cela renforce ce besoin de perfection physique et de performance sexuelle. Les jeunes hommes risquent d’avoir une grosse déception quand ils vont s’apercevoir que la fille ne fait pas des contorsions comme sur la vidéo. Surtout, la pornographie ne fait aucune place au sentiment, ils sont donc exposés de plus en plus jeunes.

Peut-on craindre une recrudescence du harcèlement sur les réseaux sociaux ?
Non, car aujourd’hui, tout se sait, et tout peut donc être dénoncé, et beaucoup plus vite qu’avant. Les jeunes peuvent aussi avoir des preuves matérielles. Les lois évoluent, et maintenant nous donnons une valeur juridique à ce qui se passe sur la Toile. Si une personne qui vit un harcèlement a des difficultés à le dire, c’est quelqu’un d’autre qui s’en chargera. Je compte sur l’intelligence collective.

« Il y a un besoin de s’émanciper d’une éducation traditionnelle »

D’où vient ce besoin d’être quelqu’un d’autre ?
C’est une phase, les adolescents se cherchent. Ils essaient, ils testent des choses. Même avant les réseaux sociaux, ce besoin a toujours existé. Nos parents n’étaient pas à l’abri de découvrir leur enfant avec les cheveux bleus. Cela a toujours existé de faire des essais, des tentatives sur le physique. Il y a un besoin de s’émanciper, aussi, d’une éducation traditionnelle, du modèle du cadre parental, et aussi celui d’être accepté par une communauté. Aujourd’hui c’est seulement exacerbé par les réseaux sociaux.

Est-ce que les jeunes peuvent être prisonniers d’un genre qu’ils se sont créés ?
Complètement. C’est pour cette raison qu’il faut s’abstenir de tout jugement direct sur ce jeune. S’il y a critique ou jugement, cela va renforcer le sentiment d’emprisonnement. Peut-être qu’il a besoin d’essayer plein de choses physiquement. Si on dit à une jeune fille qu’elle est habillée comme une prostituée, elle va persévérer, et qui sait, le devenir vraiment (rires) ! Ils s’enferment, donc, de plus en plus dans des rôles, et malheureusement ils n’ont pas les clés pour en sortir.

  Commentaires ( 1 )

  1. Ça va juste nous décrédibiliser et donner raison à nos bourreaux.

    Les enseignants ne disent rien, parce qu’ils s’en foutent, ils étaient enfants par le passé, qu’est-ce qui nous prouve, qu’ils n’ont pas eux-mêmes été bourreaux ? Rien ne nous prouve non plus, que certains de leurs anciens camarades de classe, ne se sont pas suicidés à cause d’eux, je parle toujours des instituteurs, bien évidemment.

    Beaucoup de gens construisent leur vie et leur réussite sur les malheurs et les échecs des autres, en les écrasant, la peur devrait changer de camp.

    II devrait y avoir des enquêtes sur leur passé, afin de savoir, si ils sont aptes à enseigner, un enfant ne va pas en cours pour se faire insulter et frapper, il va à l’école pour apprendre, même les surveillants ne font pas grand chose.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *