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L’apparence physique mise à nu: histoire et actualités d’une discrimination

Écrit par Valérie Aider

Histoire d’une discrimination

Histoire d’une discrimination par Valérie Aider

Dossier mis à jour le 2 mars 2016


Au moment de déterminer un périmètre de réflexion, l’origine des mots et leur définition posent des bases toujours salutaires. Concernant les discriminations en rapport avec l’apparence physique, il y a le mot discrimination qui définit l’action, mais il y a surtout le mot apparence, qui en donne l’objet. Alors qu’est-ce qu’une apparence susceptible d’être l’objet d’une discrimination ? L’apparence renvoie bien sur au physique, mais à quoi, du physique ? Le handicap, la couleur de peau ? Le poids, la taille, le fait d’être une femme plutôt qu’un homme et inversement ? D’avoir des piercings ou des crocs plutôt que des Louboutin ? Ou simplement d’être considéré moche ou disgracieux ? Et par rapport à qui ou à quoi ? Et à quelle occasion ? Dans quelle situation ?

« Demandez à un crapaud ce que c’est que la Beauté, le grand beau, le to kalon ! Il vous répondra que c’est sa femelle avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun »
Voltaire (1694 – 1778), Extrait du Dictionnaire philosophique, 1764.

« Demandez à un crapaud ce que c’est que la Beauté, le grand beau, le to kalon* ! Il vous répondra que c’est sa femelle avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée ; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.
Interrogez le diable ; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias ; il leur faut quelque chose de conforme à l’archétype du beau en essence, au to kalon.
J’assistais un jour à une tragédie auprès d’un philosophe. « Que cela est beau ! disait-il. — Que trouvez-vous là de beau ? Lui dis-je. — C’est, dit-il, que l’auteur a atteint son but ». Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. « Elle a atteint son but, lui dis-je ; voilà une belle médecine » ! Il comprit qu’on ne peut dire qu’une médecine est belle, et que pour donner à quelque chose le nom de beauté, il faut qu’elle vous cause de l’admiration et du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c’était là le to kalon, le beau.
Nous fîmes un voyage en Angleterre : on y joua la même pièce parfaitement traduite ; elle fit bâiller tous les spectateurs. « Oh ! oh, dit-il, le to kalon n’est pas le même pour les Anglais et pour les Français. » Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est très relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l’est pas à Pékin ; et il s’épargna la peine de composer un long traité sur le beau.

* to kalon = beau en grec

Du Canon de beauté aux vilains


Le sculpteur grec Polyclète est le premier à rédiger une « règle » de beauté parfaite.

Le sculpteur grec Polyclète est le premier à rédiger une « règle » de beauté parfaite.

Un des premiers à avoir décidé de poser les bases du beau, et donc du « pas beau », c’est Polyclète. Ce sculpteur grec du IVe siècle avant notre ère a créé une statue que nous connaissons tous sans le savoir : Le Canon. Nom à l’origine de nos expressions autour du « canon de beauté » que nous avons croisé la veille… Cette statue, Le Canon, devait permettre, à tous les hommes de son siècle, d’avoir sous les yeux la représentation d’un corps aux proportions idéales, divines. Le moche, sera par conséquent tout ce que cette statue n’est pas : handicapé, femme, mais aussi tout ce qui est au dessus ou en dessous de ses proportions. Sculpté dans le marbre, il est aussi figé dans le temps et bien entendu, ne vieillit pas, ne sera jamais boiteux ou infirme. Le beau, c’est Le Canon de Polyclète, le moche, c’est tout ce qu’il n’est pas, en somme.
Mais comme le soulignait Umberto Eco dans son Histoire de la Beauté, « La beauté ne serait rien sans le laid ». Nous le verrons dans la chronologie qui suit, l’un défini l’autre. Mais si les bases du beau sont relativement claires, celles du laid sont plus difficiles à saisir, tant les nuances varient selon les époques. Il y a des discriminations au physique clairement énoncées et les nains, les roux, les vieilles femmes disgracieuses assimilées à des sorcières en ont rapidement fait les frais… Quoi qu’en aient dit les sorcières de Macbeth qui affirmaient que « le laid est beau et le beau est laid ».

« Vilains », détail du « Portement de croix » de  Jérôme Bosch (1450-1516).

« Vilains », détail du « Portement de croix » de Jérôme Bosch (1450-1516).

Au Moyen âge, l’historien Jacques de Vitry (1160-1240) a tenté de faire remarquer que les Cyclopes pourraient s’étonner de voir des êtres avec deux yeux… Peine perdue. La différence n’est pas en état de grâce. D’ailleurs, un autre élément de « distinction », après les codes du Canon, était à prendre en considération : la notion de classe sociale. Dans la France du 12 e au 13 e siècle, une règle sociale se manifeste avec la « courtoisie », notion qui tient son origine du mot cour et qui s’oppose à la vilainie, du mot latin villa, « la ferme ». C’est clair : la courtoisie organise la vie des nobles et des nantis de la cour… La vilainie organise la vie des travailleurs, des pauvres. La courtoisie crée du beau, le vilain, du laid.
Seront discriminés tous ceux qui n’appartiennent pas à la courtoisie, aux nantis. Nous verrons que les siècles sont passés et que cette vérité est restée valable…

Qu’est-ce qu’une discrimination liée à l’apparence physique ?

En France, l’article 225-1 du Code pénal arbitre une liste de critères retenus comme discriminants, ainsi : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

Le terme « discrimination » signifie, dans un premier temps, « distinction ». Dans le cadre d’échanges sociaux, il est évidemment péjoratif et illégal. Distinguer, c’est alors instaurer une différence, une démarche injuste et qui va à l’encontre de nos principes républicains égalitaires. On ne peut tolérer d’éloigner un individu ou un groupe social du reste de la société comme on distinguerait « le bon grain de l’ivraie ». C’est là que l’origine du mot s’impose : du latin discriminis, une discrimination signifie une « séparation ». Etre séparé du plus grand nombre, à partir d’une norme somme toute artificielle (ses critères évoluent dans le temps et l’espace) … C’est souffrir d’une discrimination parfois sourde et aux contours souvent difficiles à percevoir, tant elle se mêle à des critères parfois ethniques, parfois sexuels ou religieux… Des critères liés à l’âge, au handicap, à la grossesse aussi… Des discriminations sur l’apparence physique qui agissent comme des révélateurs : elles sont évidemment les symptômes d’autres motifs de discriminations.

Apparence subie et apparence choisie

Les discriminations sur l’apparence nous concernent tous, tant nous sommes préoccupés par le fait de répondre aux normes physiques et vestimentaires en vigueur dans nos sociétés occidentales. Que nous soyons à l’école, en entreprise au chômage ou à la retraite, quelle que soit notre origine, notre sexe et notre condition sociale. Mais il y a deux volets à notre apparence : celle que l’on choisit et celle que nous subissons. La première, avec nos tenues, coupes de cheveux, teintures, tatouages et piercings… est la cible d’a priori et méconnaissances… Les préjugés sont présents au point d’encourager certains tatoués par exemple, à se faire « détatouer », opération particulièrement douloureuse… Et souffrir d’obésité, être plus grand ou plus petit que la moyenne, ou avoir un visage « disgracieux » est parfois vécu comme un véritable obstacle au bien-être. Entre moqueries, insultes et brimades, ces discriminations entraînent mésestime de soi et injustices sociales.

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Qu’est-ce que la beauté ?

Notre chronologie en témoigne : la beauté est une simple construction culturelle. Les femmes seront tantôt opulentes, tantôt minces voire maigres. Les roux portés au bûcher au Moyen âge, sont à présent en tête d’affiche au cinéma… Au XXI e siècle, le pouvoir de la mode, des publicités et autres médias est tel que nous intériorisons ces normes dès notre plus jeune âge. Y répondre c’est aussi se plier aux codes sociaux des plus privilégiés : chirurgie esthétique, produits cosmétiques entretiennent une économie florissante et accentuent les différences entre nantis et moins favorisés. Les stéréotypes et préjugés peuvent alors se multiplier : une personne en surpoids risque d’être perçue comme sans volonté, sans énergie, sans moyen… Une autre, plus élancée sera plus facilement associée à l’énergie, le contrôle, à une classe sociale privilégiée. Les Barbie et autres Ken, mode, publicité et autres médias exercent alors, en Occident, une véritable « dictature ». Ceux qui n’entrent pas dans la norme subissent alors des formes de violences symboliques, psychiques (norme intériorisée au point de culpabiliser), mais aussi sociales et parfois même physiques. Le beau est associé au bon, qui est associé au bien. Les codes du « beau » d’une société vont alors servir de code social. Il y a les individus qui sont admis et ceux qui restent au ban de cette société. Les codes liés à l’apparence sont ceux qui intègrent aussi bien qu’ils discriminent. Ils forment tout un système où représentations et stéréotypes s’alimentent de caractéristiques physiques et vestimentaires.

L’évolution des critères de beauté et des discriminations siècle après siècle


La préhistoire

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L'Antiquité

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Le Moyen-Âge

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La Renaissance

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Le XVIIe siècle

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Le XVIIIe siècle

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Le XIXe siècle

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Le XXe siècle

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Le XXIe siècle

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Des codes sociaux instables mais puissants

Les discriminations liées à l’apparence physique associent cette apparence à une personnalité. Taille, couleur de cheveux, de peau… sont alors l’objet de diverses interprétations et représentations. Être grand, c’est être fort, le roux est diabolique, la brune plus cérébrale que la blonde, le nain est fourbe… Être en surpoids, c’est manquer de volonté… Une tenue vestimentaire vous attribuera des qualités ou des défauts insoupçonnés… Les personnes dont l’apparence répond aux critères de beauté de l’époque se voient plus facilement attribuer des qualités, pendant que les individus considérés comme différents seront soupçonnés d’un certain nombre de défauts…
Quand discriminations à l’apparence flirtent avec racisme et sexisme
Parmi toutes les discriminations à l’apparence, l’une d’entre elles s’impose comme une évidence puisqu’elle concerne la couleur de notre peau. Cette discrimination est tout simplement une manifestation, parmi de trop nombreuses, d’un racisme primaire. Une personne de couleur noire par exemple, sera mise de côté non pas parce qu’elle est plus foncée que sa voisine (ce qui serait déjà trop) mais bien parce que cette couleur de peau suppose une origine ethnique différente : l’apparence discriminée l’est pour des « raisons » raciales. De même, les discriminations liées à l’apparence sexuelle : à commencer par les femmes, parce que supposées physiquement plus faibles, parce que supposées enfanter (étape assimilée à une invalidité), feront l’objet d’un second choix au cours d’une embauche. Comme avec le racisme, nous abordons les rivages du sexisme, avant d’atteindre ceux de l’homophobie, de la transphobie… Autant de discriminations concernées par l’apparence, mais comme l’un des symptômes d’une cause plus profonde.

« Un continent se dessine, au-delà duquel nous ne sommes plus face à des discriminations liées à l’apparence, mais confrontés au racisme et au sexisme. »

Dans ce dossier nous n’aborderons pas ces discriminations frontalement : elles vont bien au-delà de la simple apparence physique. En revanche, racisme, sexisme, homophobie, sont présents dans toutes les étapes de formation, sont dans tous les symptômes, sont concernés par les luttes contre… des discriminations liées à l’apparence physique. Comme une évidence.

Claudine Sagaert : « A l’origine, la laideur physique est une laideur morale »

claudine-sagaertConsidérée par l’inconscient collectif comme le « beau sexe », la femme est un chaudron où brûlent et se mêlent toutes les appréciations du beau et du laid, du salvateur et du dangereux. L’observation de son apparence physique et l’étude de ses représentations apparaissent rapidement comme la partie visible d’un iceberg de discriminations dont hommes et femmes sont l’objet, à part égale. Claudine Sagaert, docteure en sociologie et auteure d’une « Histoire de la laideur féminine », nous explique comment et pourquoi l’apparence féminine fut et est encore enfermée dans un carcan de principes … Une histoire de la laideur qui ouvre le champ d’une histoire de la discrimination à l’apparence plus générale. Où l’on s’auto discrimine avant de discriminer autrui.

Une discrimination à l’apparence parmi les moins faciles à identifier est celle concernant une supposée « laideur ». Mais la laideur, c’est quoi ?
En s’intéressant à l’histoire des mentalités, nous constatons que la laideur est avant tout un élément d’appréciation morale. Ce n’est que dans un second temps qu’elle deviendra physique. Une laideur physique qui est alors l’allégorie d’une laideur morale. C’est manifeste concernant la laideur chez la femme où nous sommes même face à une laideur ontologique. Pensez au mythe de Pandore. Pandore est très belle mais Hésiode, dans Les Travaux et les Jours nous dit « qu’elle est un si beau mal» somme toute une « belle laideur ». Pourquoi ? Parce qu’elle va épuiser l’homme, lui prendre sa substance de vie, celle qui va la féconder. Elle n’est alors considérée que comme un ventre. Un ventre qui se nourrit de l’homme, qui donne la vie mais aussi la mort. La dimension morale est fondatrice. D’ailleurs, le lexique de la laideur est utilisé pour proférer des insultes, des jugements moraux. Depuis la nuit des temps et encore à présent, on dit à un enfant « tu es vilain » pour lui dire qu’il a désobéi… La laideur concerne d’abord les femmes.

La laideur féminine est-elle vraiment différente de la laideur masculine?
Dans un certain nombre de textes anciens, la femme est décrite comme belle, en apparence, mais pas en soi. L’homme « est » beau. La femme « parait » belle. Sa faiblesse, lors des accouchements, lors de ses menstrues, en fait un être considéré comme inférieur. L’homme n’a pas à être beau. Il l’est. La femme doit, elle, le devenir. Physiquement, intellectuellement, moralement. Socrate, qui était extrêmement laid physiquement, était considéré comme un être irrésistiblement beau parce que intellectuellement supérieur. La laideur masculine renvoi plus à une dimension sociale, celle des peuples, d’une communauté. Le paradigme change. Un homme pourra être laid parce que d’origine ou de confession différente, par exemple, mais pas « en soi ». Selon les époques en Europe, on pourra se sentir autorisé à considérer le juif ou l’homme noir comme laids, et discriminés, par exemple…

« Un homme laid sera finalement un homme considéré comme inférieur »

Cette différence est encore présente ?
Les choses ont évolué au cours des siècles. Jusqu’au XVIIe siècle, la femme est toujours considérée comme un sujet dangereux. Ensuite, elle peut échapper à ce jugement en « devenant » belle, si elle fait un travail sur elle-même. Mais le résultat c’est que la femme laide est alors considérée comme déviante. La vieille fille en fait partie. Son existence n’ayant aucun sens, Balzac le dira en ces termes, la vieille fille est forcément moche, handicapée, déviante. L’intellectuelle aussi, car elle empiète sur le domaine masculin : c’est une femme virilisée, hommasse. Clairement un « sous-homme ».

Justement, on retrouve une notion de faiblesse et d’infériorité, de sous-homme ou de sous femme dans la laideur…
Un homme laid sera finalement un homme considéré comme inférieur, «dévirilisé», c’est-à-dire « affaibli » que ce soit par son origine, sa taille, un handicap physique, son poids, et une femme laide une sorte de sous-homme…

Une situation dont nous sommes pourtant sortis ?
Au XXe siècle, on assiste à une nouvelle forme de laideur : celle dont on est coupable. On nous responsabilise en nous faisant croire que si on est laid, c’est à dire pas dans une apparence standardisée (grand : il faut porter certaines tenues, petit, mettre des talons, gros, maigrir, maigre grossir, noir, s’éclaircir, blanc, bronzer, roux, se teindre…) on en est responsable. Puisque on ne fait pas « ce qu’il faut » pour se plier aux normes. On est coupable de l’apparence que l’on donne. Cela fabrique des individus qui non seulement sont stigmatisés, mais qui retournent cette stigmatisation contre eux-mêmes et vivent dans une honte d’impuissance. Ils se sentent honteux de ne pas répondre aux diktats d’apparences qu’on leur impose. L’idée qui s’est installée et qui est extrêmement dangereuse, c’est qu’on peut faire ce que l’on veut de son corps. Nous sommes censés être capables de façonner notre « matière » corporelle. Cela crée une mésestime de soi et un risque de fragmentation du corps. L’idée qu’on n’en a jamais fini. On nous propose une image toujours plus parfaite, qu’on n’atteint jamais, évidemment. L’intérêt commercial est évident.

« Après 50 ans, certaines femmes se considèrent comme des déchets »

Nous sommes entre la crainte d’une laideur aux multiples formes et des discriminations qu’elle suscite et le mirage d’une beauté fantasmée et inaccessible, qui nous mettrait « à l’abri » ?
Hume a dit « l’essence de la laideur, c’est la douleur » parce qu’on est dans l’impossibilité d’être autre que ce que l’on est. De même face à la vieillesse. C’est une discrimination au physique aussi, la vieillesse. Surtout féminine. Après 50 ans, certaines femmes se considèrent comme des déchets. C’est une constante dans l’histoire des mentalités. La femme belle est représentée jeune. L’homme acquiert la sagesse du vieillard, la femme rendu à un seul rôle de fonction et d’apparence, se flétri. [lire « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était de Simone Signoret » ndlr]

Cette dimension de « responsabilité » sous-entend que ne seraient laids que ceux trop faibles pour se transformer : la laideur n’est alors plus d’origine morale mais mentale ?
Tout-à-fait. La honte d’impuissance va dans ce sens. La volonté, c’est le travail sur soi.
Une discrimination au physique qui touche à nouveau plus les femmes que les hommes puisque l’homme a statistiquement plus de chances d’être évalué à partir de sa fonction que selon son apparence. Cela centre le sujet sur lui-même. Il ne permet pas une ouverture à l’autre, même si comme le disait Michel Foucault, tout va passer par le regard de l’autre. On est en évaluation perpétuelle à l’autre mais dans un rapport à soi. Il faut d’ailleurs souligner qu’il y a une différence entre apparence et corps. On peut très bien vivre sans penser à son corps : quand il n’est pas malade ou en souffrance, je peux même oublier que j’ai un corps. Or nous sommes constamment renvoyés à notre apparence. Les jeunes en particulier. Le selfie en est un des symptômes : il révèle un rapport à l’image de soi très autocentré.

« Le plus grand dictateur, c’est l’individu lui-même »

Le tatouage est une façon de se singulariser qui sort cette notion ?
David Le Breton [Anthropologue et sociologue français du corps] l’explique : se tatouer, c’est se singulariser mais en respectant des codes : on croit se singulariser, mais on agit comme un très grand nombre. Plus on se tatoue et plus d’autres ont envie de se tatouer. L’esprit grégaire fait le reste et la multiplication des salons du tatouage et des enseignes de tatoueurs le confirment. Il y a une part de création de soi mais elle est relativement petite.

La mode, la publicité, nous somment de répondre à leurs diktats. Comment s’en libérer ?
En revalorisant le bien-être. Mais le plus grand dictateur, c’est l’individu lui-même. Les jeunes vont intégrer ces injonctions et être persuadés que l’envie de se faire tatouer ou de porter telle ou telle tenue, c’est leur choix. L’envie de maigrir au point de s’en rendre malade, c’est leur choix. L’envie de se faire refaire le nez ou mettre des implants, c’est leur choix. Les diktats, au-delà des médias et de la publicité, c’est l’industrie qui cherche à en tirer profit. Et pour faire vendre, on fait culpabiliser. David Le Breton* l’explique en parlant de dédoublement du sujet. Au final, le dictateur, on l’a fait sien.

(*) Anthropologue et sociologue, membre de l’Institut Universitaire de France, David Le Breton est spécialiste des représentations du corps humain.

A partir d’une étude sur les stigmatisations, en littérature et philosophie, anthropologie Claudine Sagaert nous propose un sujet novateur, assez peu traité. Une Histoire de la laideur féminine particulièrement éclairante sur l’histoire des mentalités. Histoire de la laideur féminine, aux éditions IMAGO, 2015.

  Commentaires ( 9 )

      • L’orthographe et la grammaire ne peuvent être anecdotiques pour un magazine (comme elles le seraient pour une personne lambda), on voit trop souvent de fautes en ligne et ça décrédibilise le propos. D’autant plus que sur le fond, l’article est pertinent. Il met en avant un sujet encore trop souvent tabou, ou nié par la majeure partie des gens.

        • Il n’a pas s’agit de disqualifier l’importance de l’orthographe, nous sommes tout à fait conscients de cela. Merci pour votre contribution!

  1. Un bon article, mais les fautes d’orthographe lui nuisent. L’auteur a visiblement un souci avec les conjugaisons. « On crois », « Cela renvoi », « (la statue) ne vieilli pas »…

  2. Plusieurs commentaires ont noté le problème d’orthographe… il y a déjà quatre mois. Malgré vos réponses, cela ne semble pas être une priorité.

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