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Bilan 2015 de l'info diversité : l'année de tous les débats

Écrit par Mounir Belhidaoui

Religions : bientôt l’union sacrée ?

Religions : bientôt l’union sacrée ? par Mounir Belhidaoui

Le drame du mois de novembre qui a terrorisé la ville de Paris réveille, une fois de plus, le démon de l’extrémisme. Ce dernier kidnappe la religion musulmane afin d’en proposer une version sauvage, barbare. Le fléau djihadiste veut éloigner l’Islam du dialogue interreligieux. Mais associations et responsables religieux, comme la société civile, comptent, et à raison, rester dans l’union sacrée. Petit tour interactif des initiatives et des déclarations qui nourrissent cette union au quotidien.

Le Conseil français du culte musulman a estimé que le « temps de l’action » était venu. L’organisation, présidée par Anouar Kbibech, a proposé une « habilitation des imams » promouvoir « un islam tolérant et ouvert » en France, à la sortie d’une réunion au ministère de l’Intérieur (lien article AFP Respect ?).

Cette habilitation devra permettre de s’assurer du « parcours de formation théologique et profane » et portera notamment « sur la connaissance du contexte français, de l’histoire des religions, des institutions » de la République ainsi que de la laïcité. Il s’agira d’une sorte de « permis de conduire », prévoyant « une possibilité de retrait ».

Le CFCM et la Fédération protestante de France ont, par ailleurs, toutes les deux réagi suite aux attentats du 13 novembre pour exprimer leur indignation :

Sur Twitter, les ONG religieuses ont aussi participé à l’élan de solidarité générale qui doit primer face à un tel événement. La présidente du Secours catholique, Véronique Fayet, a signé (avec d’autres) une tribune publiée dans Libération intitulée : « Nous sommes unis. »

Le Conseil représentatif des institutions juives de France a immédiatement exprimé son émoi lors des attaques :

Le Secours islamique s’est joint au deuil en tweetant un message de paix :

Dans toute la France, des associations ont multiplié les actions pour combattre les amalgames que le lendemain de ces attentats auraient pu susciter : à Roubaix, un « repas du vivre ensemble » a notamment été créé, à l’initiative de l’association « Prisma académie ». Au menu : un échange d’idées sur la notion de différence, et un concert donné par El Hadji Dione, de l’association ACCRA.

Quelques jours avant le drame, l’association du dialogue interculturel et interreligieux (ADICR) a organisé un colloque au sujet du vivre-ensemble, qui s’est déroulé au Sénat. Il avait pour invités, entre autres, Pascale Boistard, Secrétaire d’état chargée des Droits des Femmes, ou encore Odon Vallet, spécialiste des religions.

Autant d’actes qui témoignent que les religions comptent bien entretenir et poursuivre des relations fournies et vigilantes dans la salle d’attente de la paix.

Tareq Oubrou répond aux terroristes : « La France est notre nation »

Tareq oubrou

Le médiatique imam de Bordeaux s’insurge contre ces « délinquants religieux » qui utilisent la religion à des fins « criminelles ». Nous l’avons invité à nous expliquer les causes de ce terrorisme qui prend l’Islam en otage. A la clef : des pistes éclairées pour combattre.

L’Islam doit-il être contextualisé ?
Bien sûr, mais il y a des jeunes qui n’en ont pas les moyens. Certains ne voient pas l’Islam comme une religion, mais comme une identité. Contextualiser l’Islam n’est pas leur problème. Ce travail de réforme doit être fait par des savants de l’Islam, des théologiens. Les jeunes ne consomment que ce qu’on leur offre comme produit. Et les produits qu’ils consomment aujourd’hui ne se trouvent pas dans les universités, ni dans les mosquées, mais sur Internet.

L’école a-t-il un rôle à jouer ?
Cela doit passer par l’école, effectivement. Depuis la maternelle, nos enfants ont eu le temps d’en apprendre beaucoup sur le monde, d’avoir des outils de compréhension, de critique. Le fait religieux doit être introduit dans l’enseignement scolaire. La religion fait partie du monde, de l’histoire. Sous prétexte de laïcité, on a refoulé l’enseignement du fait religieux, et nous récoltons les fruits de l’ignorance et de ses effets. Il n’y a jamais eu de culture religieuse en France, de façon générale. L’école de la République garde les traces de cette laïcité de combat. Ce qui fait que les enseignants n’ont pas de culture religieuse, les historiens n’ont pas une connaissance approfondie des religions. Il y a donc une réticence à l’égard du fait religieux qui, même si elle figure dans les programmes, n’est pas enseignée.

« Il y a aussi des imams à côté de leurs babouches, qui enseignent un discours sur la religion qui n’est même pas un discours du Moyen-âge »

La France serait donc responsable ?
Il y a un problème vis-à-vis de nos jeunes issus de la culture musulmane qui ne se reconnaissent pas dans une histoire française 7 siècles d’apport arabo-musulman ne transparaissent pas dans cette histoire. On passe de la philosophie grecque à celle des lumières, en passant complètement à côté du siècle andalou. Ces jeunes n’ont pas l’impression d’apprendre que leur civilisation a aussi contribué à ce qui fait aujourd’hui ce pays, notamment au travers des sciences. Si vous avez des enfants musulmans qui contestent la théorie de l’évolution, c’est parce qu’ils ignorent qu’un Ibn Khaldoun a contribué au forgeage de cette théorie. L’histoire des sciences doit être enseignée dans ces écoles, afin que ces jeunes ne pensent pas que l’Occident est contre l’Islam et vice-versa.

Qu’est-ce qui favorise la radicalisation de ces jeunes musulmans ?
La délinquance, l’absence d’autorité, l’absence de règles, la désertion des parents qui n’ont plus d’emprise sur leurs enfants. Il y a aussi des imams à côté de leurs babouches, qui enseignent un discours sur la religion qui n’est même pas un discours du Moyen-âge. Cela crée de la violence Il y a un discours religieux qui ne réconcilie pas l’individu ni avec lui-même, ni avec son époque. Même si ce discours n’est pas directement violent, il produit une violence symbolique et psychologique chez les jeunes. Et puis il y a Internet, qui récupère la frustration et la vulnérabilité de ces jeunes. Une frustration est née d’un sentiment de refoulement, auquel la société française a participé.

Dans un prêche que vous avez fait à l’université de Bordeaux, vous avez recommandé aux musulmans de « ne plus se taire »…
Il faut parler, se prononcer. Il ne faut pas admettre n’importe quoi sous prétexte de solidarité communautaire. La France est notre nation. Tout ce qui porte atteinte à la société française nous touche directement. Il faut que les musulmans se manifestent d’abord en tant que citoyens pour contester l’aberration. Il faut répondre « Non » en tant que musulman à cet embrigadement par la confiscation de la religion par des terroristes.

Sur le même thème, retrouvez l’interview de Dalil Boubakeur dans l’édition collector de Respect mag, en prévente sur la boutique de respectmag.com et disponible le 15 décembre dans tous les bons kiosques.


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