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Bilan 2015 de l'info diversité : l'année de tous les débats

Écrit par Philippe Lesaffre

La liberté d’expression est-elle menacée ?

La liberté d’expression est-elle menacée ? par Philippe Lesaffre

Après que l’ONG Freedom House a pointé des reculs en France en termes de liberté d’expression sur la toile, au lendemain des attaques contre la rédaction de Charlie Hebdo, nous avons rencontré Coco, l’une des dessinatrices du journal satirique. Peut-on encore rire de tout ?

Pan sur le bec

La liberté d’expression a reculé en France au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, selon l’ONG Freedom House, qui promeut le développement des libertés dans le monde. L’Hexagone a perdu deux places et se hisse au 9e rang sur 18 parmi les nations libres – dans son rapport annuel, paru en octobre, l’ONG classe les pays libres, en partie libres et non-libres.
« La position de la France a baissé principalement à cause de politiques problématiques adoptées après les attaques terroristes » du mois de janvier. En cause : la loi sur le renseignement adoptée par le Parlement français en juin et promulgué un mois plus tard. Elle prévoit notamment l’installation de dispositifs chez les fournisseurs d’accès à internet ou les hébergeurs de données ayant pour but de détecter des comportements dits suspects. En outre, le texte autorise les services de renseignement à poser des micros chez des particuliers sans l’accord préalable d’un juge.

Peut-on vraiment rire de tout ? Les Français répondent…

L’humoriste Pierre Deproges arguait, en 1982, qu’on pouvait rire de tout, mais pas avec les mêmes personnes. Trente-trois ans plus tard, 62 % des Français, interrogés, en octobre 2015 par l’institut de sondage Opinion Way ne le pensent pas.

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Sondage réalisé par OpinionWay, pour la Licra, sur un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence.
Selon La ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), qui a commandé l’étude, neuf mois après les attaques contre la rédaction de Charlie Hebdo, évoque une « société en crispation ». Elle cite la montée du « politiquement correct », qui « conduit à refuser les pensées discordantes, la conjoncture de crise, l’augmentation des sujets tabous, l’accroissement de la censure (certains citent les sanctions pénales) et de l’auto-censure, et l’importance grandissante des pressions communautaires ». Justement, 86 % des Français déclarent être de l’avis que l’on ne peut pas rire de toutes les communautés – 77 % évoquent celle des musulmans et 47 % celle des juifs. Selon une grande majorité des interrogés, pourtant, l’humour reste nécessaire en société, surtout après les événements du 7 janvier.

Charlie reste Charlie


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© AFP Photo / Eric Feferberg
Coco réalise, chaque semaine depuis plusieurs années, des dessins pour Charlie Hebdo. Elle a survécu aux attaques du 7 janvier. A coups de crayons, la caricaturiste, continue de faire son métier de la même manière avec sens critique, second degré et esprit de dérision.

Luz, avant de partir de Charlie Hebdo, a choisi de ne plus dessiner Mahomet, car son personnage l’a, dit-il, « lassé »…
Quand on exerce le même métier pendant 23 ans comme Luz, on peut, même hors de ce contexte particulier, être lassé par son travail, et on peut avoir simplement envie de faire autre chose. Luz est quelqu’un d’extrêmement créatif, drôle, réfléchi : outre le dessin de presse, il s’exerce aussi à la BD. Et il a un univers graphique autour de la musique. Je lui souhaite le meilleur ; l’important, c’est qu’il aille bien.

« Mes profs m’avaient dit d’aller à Charlie »

C’est quoi une caricature réussie ?
Pour moi, une bonne caricature, c’est simple et en peu de traits. C’est une gueule marrante, mais qui ressemble au premier coup d’œil, sans ambiguïté. On doit retrouver dans un bon dessin de presse une singularité de caractère, d’attitude, de tempérament… Le regard, Cabu me le disait et j’ai pu le constater, c’est le plus important : s’il ne ressemble pas, 50 % du dessin est foiré.
Un dessin de presse, c’est aussi un style propre à chacun et il est assez magique de constater que chaque dessinateur verra et interprètera à chaque fois différemment la même personne dessinée.

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© AFP Photo / Martin Bureau

Avez-vous toujours voulu faire ce métier ?
Oui. En CP, quand la maîtresse demandait aux élèves ce qu’ils voulaient faire plus tard, déjà, je répondais dessinatrice. En fin d’étude, en novembre 2007, pour valider ma 5e année à l’Ecole européenne de l’image de Poitiers, j’ai fait un stage à Charlie Hebdo. Mes dessins d’étudiante étaient déjà teintés d’humour, souvent corrosifs, essentiellement sur la société, le quotidien, les faits divers. Et mes profs m’avaient dit qu’il fallait que j’aille à Charlie, alors que je n’avais jamais fait de dessin de presse de ma vie. A Charlie, j’étais timide et très impressionnée devant Charb, Luz, Tignous, Riss… et surtout Cabu, à l’époque.
Mais ça m’a plu tout de suite : l’ambiance, le ton, les blagues, le sérieux journalistique, les débats et les dessins. Ils se marrent tout en étant sérieux, déconnent tout en défendant un point de vue. J’ai tout de suite su que cela me correspondait. Je sais la chance que j’ai d’en faire aujourd’hui mon métier, je sais aussi à qui je le dois.

Journalistes en herbe

Après les attaques contre Charlie Hebdo, la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a invité les élèves à lancer leur propre média. Une manière d’apprivoiser la notion de liberté d’expression à l’école.
Le centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (Clemi), chargée de l’organisation de la semaine des médias et de la presse à l’école, a remarqué que l’événement du 7 janvier a motivé de nombreux groupes de jeunes à se lancer dans la production éditoriale. Et, notamment de journaux, de blogs ou de webradios.
Une preuve ? Entre janvier et mars 2015, plus de 620 médias ont participé au concours annuel Mediatiks organisé par le Clemi dans de nombreuses académies, ce qui est davantage que les éditions précédentes.
Le dernier recensement du nombre de titres date de 2013. A l’époque, il y en avait plus de 5 700. Tout porte à croire qu’on en compte davantage depuis.

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  Commentaires ( 1 )

  1. Je pense qu’elle est menacee partout dans le monde. Des qu’il y a des gens aux positions radicales qui imposent leur ideologie en pensant qu’ils sont superieurs et qu’ils comprennent tout mieux que tout le monde, la premiere chose qui est en danger c’est la liberte d’expression.

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